Commerce équitable

26 mai 2006, par Jean Dubois

Alors que les produits vendus sous le label « commerce équitable » fleurissent dans les supermarchés, des doutes apparaissent sur l’intérêt de la démarche qui consiste à faire payer le consommateur plus cher pour mieux rémunérer le « petit producteur » vivant dans un pays pauvre. Un récent documentaire, The Bitter Aftertaste (merci à Swissroll pour le lien et un intéressant post sur le sujet), remet en cause l’objectif de développement des promoteurs du commerce équitable en montrant par exemple qu’ils s’opposent à la mécanisation de la production du café au Ghana et empêchent les producteurs d’augmenter leur productivité (et ainsi leurs revenus). En mars dernier, un reportage de l’émission Capital sur M6 montrait quant à lui une coopérative de producteurs de café au Brésil certifiée commerce équitable par Max Havelaar et dont les producteurs avaient un niveau de vie plutôt surprenant (ils vivaient dans une jolie villa avec piscine). Tim Harford de son côté raconte dans son ouvrage The Undercover Economist comment le surcoût du café équitable vendu par une chaîne de cafés à Londres allait d’abord dans la poche du magasin et comment le commerce équitable est avant tout une affaire de discrimination tarifaire. Si les produits labellisés commerce équitable sont en moyenne entre 15 et 30% plus chers, la rémunération supplémentaire touchée par le producteur reste faible : le producteur de café certifié gagnerait 5 euros de plus par mois de l’aveu même de Max Havelaar –qui réalise de son côté 120 millions de chiffre d’affaire–. Ces critiques mettent le doigt sur les dérives potentielles du système et sa difficulté à remplir ses promesses. Mais il y a une critique plus fondamentale à adresser au commerce équitable. Il n’est en fait qu’une autre face du refus de l’économie de marché et à ce titre il ne peut qu’enfermer dans la pauvreté les producteurs (et les pays) qu’il prétend aider.

Dans une économie de marché, le prix est un signal, la source même des incitations aux changements économiques qui mènent à une productivité supérieure et à un revenu par tête plus important. On peut se lamenter sur la baisse du cours d’un produit comme le café et vouloir aider les producteurs qui en subissent les conséquences. Mais la vraie question est de savoir pourquoi le cours du café baisse et pourquoi les petits producteurs reçoivent une rémunération qui ne couvre pas leurs coûts de production. La réponse à la première question se trouve dans le raisonnement économique le plus basique qui confronte la courbe d’offre et la courbe de demande sur le marché mondial. Le prix du café a fortement chuté entre 1998 et 2003 du fait d’une surproduction. Au milieu des années 1990, suite à des gelées au Brésil –le principal producteur–, le prix du café a atteint un niveau record. De nombreux pays se sont lancés dans la production de café, en particulier le Vietnam qui est devenu depuis le deuxième producteur après le Brésil. Quelques années plus tard, l’offre dépassant largement la demande, le marché s’est renversé et la crise du marché du café a servi de base à l’essor du commerce équitable autour de ce produit symbolique et des malheurs de ses producteurs. On a pu accuser au passage la libéralisation du marché car depuis la fin des accords sur le café qui permettaient de contrôler les prix mondiaux il y a bien sûr des fluctuations de prix plus importantes. Mais il faut savoir ce que l’on veut : une économie plus efficace qui garantit des revenus supérieurs aux habitants des pays en développement ou bien le statu quo ? Ce n’est pas à travers la production de café que le Brésil, le Vietnam ou le Ghana peuvent devenir des économies prospères mais en augmentant leur productivité et en produisant des biens et des services attrayants pour le consommateur local ou pour les consommateurs étrangers. Le café peut être l’un de ces produits si on laisse le marché le déterminer, c’est-à-dire si la productivité est suffisante pour le vendre au prix mondial et si la qualité répond aux attentes des consommateurs. La démarche du café équitable bloque ce processus en retirant les incitations pour faire un café compétitif. Une fois le producteur assuré de vendre son café il n’a aucune raison d’améliorer sa production (comme on le voyait dans le reportage de Capital mentionné). Et comme le documentaire The Bitter Aftertaste semble le confirmer, les organisations du commerce équitable sont les premières à bloquer le changement économique, la modernisation de la production, l’utilisation des engrais chimiques ou la mécanisation par exemple, pour des motifs purement idéologiques. On peut dès lors se demander quelle est la logique la plus cruelle. Est-ce celle du marché mondial qui indique à des producteurs qu’ils ne sont pas assez efficients pour persévérer dans la production du café et les invite à améliorer leur productivité ou bien à changer d’activité (ou de culture) ? Ou bien est-ce celle du commerce équitable qui arbitrairement décide de donner une prime très modeste à quelques producteurs en les mettant sous la coupe d’une charte qui les maintient dans une production non rentable et décourage la modernisation de leur production ?

La deuxième raison avancée pour expliquer la faible rémunération du producteur de café est le pouvoir de marché des acheteurs, que ce soit les exportateurs, les entreprises de négoce ou les torréfacteurs. Le marché du café est en effet contrôlé par quelques grandes multinationales qui ne se fournissent pas directement auprès des producteurs mais passent par des intermédiaires qui sont aussi en petit nombre sur des marchés nationaux qui font l’objet d’une forte concentration. Cette situation à nouveau ne saurait servir de prétexte à une critique de la libéralisation du marché du café ou à rechercher des mécanismes qui en corrigeraient la défaillance en introduisant des distorsions dans les prix. S’il y a pouvoir de marché et concentration c’est précisément qu’il faut davantage de mécanismes de marché et mettre en place des marchés véritablement concurrentiels. Dans la période décrite maintenant comme un âge d’or où des quotas assuraient à chaque pays producteur une part stable du marché mondial et où les prix étaient ainsi contrôlés, est-ce le petit producteur qui bénéficiait du système ? Bien sûr que non, il s’agissait d’un système inefficace créant des rentes et ces rentes allaient dans la poche des bureaucrates et des exportateurs (comme cela est expliqué dans ce papier –en anglais–). Ces acteurs influents sont parvenus à maintenir leur contrôle sur le marché du café après la libéralisation. Dans certains pays producteurs africains, des sociétés détiennent même un monopole à l’exportation de par la loi. Il n’est pas étonnant dès lors que le producteur au bout de la chaîne de valeur ne reçoive qu’un prix dérisoire et cela tient à un manque de marché concurrentiel, voire à l’absence de marché tout court. Le commerce équitable n’apporte aucune réponse à cette situation, si ce n’est de s’en accommoder en se donnant bonne conscience.

Le seul commerce véritablement équitable est celui qui se produit sur un marché libre où consommateurs et producteurs se partagent le surplus économique. Il n’est pas irrationnel d’imaginer que l’on peut corriger une distorsion (celle du pouvoir de marché des acheteurs) par une autre (en augmentant artificiellement le prix du marché et en imaginant un dispositif qui transfert le surcoût au producteur). Mais il est souvent plus simple et plus efficace de lutter contre la distorsion initiale. Si une loi sur la concurrence permet d’obtenir le même résultat qu’un dispositif de « commerce équitable », il faut mettre en balance le coût de la loi et de sa mise en application face au coût du « commerce équitable » qui fait intervenir diverses organisations pour créer le label, s’assurer que l’argent du consommateur va bien au producteur et donne une rente aux distributeurs de café dans les pays riches. Si l’on ajoute à cela que les dispositifs de commerce équitable ne touchent qu’une très faible minorité des producteurs (1% du marché mondial du café…), il est aussi évident qu’une action portant sur le marché aura plus d’impact. Ensuite, si un petit producteur n’est pas rentable, il faut se demander si c’est son intérêt et celui de son pays que de le maintenir artificiellement dans une production qui aboutit à un gaspillage de ressources tandis qu’il pourrait correctement gagner sa vie dans une autre production (dans un secteur faisant pour le pays l’objet d’un avantage comparatif, en rappelant que cet avantage comparatif existe toujours, par définition même puisqu’il est « comparatif »). Comme dans le cas du protectionnisme ou des subventions qui encouragent des producteurs à rester dans des secteurs particuliers, on ne se rend pas compte que le coût pour la collectivité n’est pas seulement celui des prix supérieurs ou de l’impôt supplémentaire mais aussi le coût d’opportunité d’avoir des ressources mobilisées dans un secteur quand elles pourraient être valorisées ailleurs. C’est toute la logique de l’économie de marché que d’opérer via les prix l’allocation des ressources et jusqu’à preuve du contraire on ne connaît pas de système meilleur. On ne connaît pas non plus de pays qui se soit développé à partir de la « générosité » des consommateurs du Nord. Le développement c’est un processus d’amélioration de la productivité qui passe par des changements économiques profonds, parfois imposés par un Etat fort, mais toujours dans la logique des prix du marché qui indiquent ce qui est rentable et ce qui ne l’est pas.

Quelque part l’attrait du commerce équitable nous montre de façon décourageante que la réalité de l’allocation efficiente des ressources via le marché n’est toujours pas comprise et que tout prétexte fallacieux pour y déroger suscitera toujours l’émerveillement des nantis qui s’empresseront de vouloir faire le bien des plus pauvres en leur prescrivant de faire l’opposé de ce qui les a rendus riches. Ce côté charitable du commerce équitable où la bonne conscience du consommateur s’allie à la mission civilisatrice de l’organisme en charge de certifier le producteur devrait aussi sonner comme un avertissement d’un mélange des genres des plus douteux. Tant que le commerce équitable reste un phénomène marginal, il n’est pas bien méchant et enrichit vos supermarchés, mais s’il devient un outil de propagande contre le marché, « pour une autre mondialisation » et s’il vise à bloquer le développement des pays pauvres en leur imposant une « éthique » basée sur les préoccupations égoïstes des pays du Nord, il faut se méfier de son essor.

13 réponses à “Commerce équitable”

  1. julia dit :

    J’entends bien vos arguments sur le commerce équitable et je n’ai pas grande illusion depuis longtemps sur le fonctionnement de Max Havelaar. Mais je me pose quand même des questions quant à la soi-disant idéologie interdisant la mécanisation et l’emploi de pesticides. L’histoire de l’agriculture française nous montre comment les agriculteurs sont devenus des « employés » des banques ou des grosses entreprises (engrais, pesticides,…). Bien sûr dans le même temps, ils se sont enrichis et leur travail s’est trouvé facilité par la mécanisation mais le prix en a été de devenir captifs de cette agriculture productiviste qui s’est développée en France au profit d’abord des entreprises type Bayer,etc… Dans le système que vous défendez, la logique est de produire toujours plus. C’est la logique du marché me semble-t-il. Pourtant, nous sommes dans un moment crucial de choix (environnemental, énergétique) qui implique quand même, en dehors de toute idéologie, de repenser ce que nous trouvions peut-être trop évident jusqu’à aujourd’hui. La relocalisation des marchés agricoles (même si elle a ses limites, je vous l’accorde) serait peut-être le moyen de repenser la production agricole, y compris dans les pays en difficulté.
    Je ne suis pas persuadée que le système productiviste qui devrait permettre un partage entre producteurs et consommateurs soit réellement pensé dans l’intérêt des agriculteurs africains. Il est surtout organisé pour enrichir,de la même façon que le commerce équitable que vous dénoncez, les grandes entreprises agro-chimiques ou les grands semenciers. L’Inde a été obligée de créer une banque nationale des semences traditionnelles pour lutter contre la brevetabilité de ces dernières organisée au profit de grandes entreprises qui tentent ainsi de rendre les paysans du tiers-monde dépendants. En quoi tout cela leur permettra-t-il d’améliorer leur vie ?

  2. Jean Dubois dit :

    La logique de produire toujours plus n’a rien à voir avec le « marché ». L’économie de marché a vocation à équilibrer l’offre et la demande. Par ailleurs, si la demande va en faveur de produits plus naturels, utilisant moins de pesticides et d’engrais chimiques -comme c’est le cas dans les pays développés-, le marché oriente vers une agriculture moins productiviste et plus respectueuse de l’environnement. Ce sont les pays qui ont libéralisé le secteur qui ont la part la plus importante d’agriculture biologique. L’Australie et la Nouvelle-Zélande (deux pays avec un secteur agricole très libéralisé) représentent à elles seules la moitié des surfaces cultivées en agriculture biologique dans le monde!
    Ce que vous dénoncez en France et en Europe est la logique inverse dans laquelle l’agriculture est soutenue par des subventions dans le cadre de la Politique Agricole Commune et où on connaît une surproduction et une dégradation importante de l’environnement. Quand on vous dit que le marché est un meilleur moyen d’allocation des ressources et que vous y voyez de « l’idéologie », il suffit de regarder les faits…

    L’autre question que vous abordez, les brevets sur les semences, relève encore d’une déviation par rapport à la logique de marché. Mais dans ce cas précis, le brevet relevant d’un type de bien « non rival » et à usage difficilement exclusif, on a affaire à une externalité qui rend la mécanique du marché inopérante sans une intervention des Etats. Un brevet vise à donner à l’innovateur un monopole sur son invention. Le monopole peut facilement se transformer en abus de pouvoir de marché au détriment des consommateurs. Il faut des législations intelligentes et que ce soit sur les médicaments ou les semences, la puissance publique est souvent défaillante sur ces questions.

  3. julia dit :

    Vos éclairages sont …éclairants et je vous en remercie. Plusieurs questions me viennent naturellement à l’esprit. Vous dites que produire plus n’a rien à voir avec l’économie de marché qui équilibre l’offre et la demande. Pourtant ce système doit sans cesse partir à la recherche de nouveaux marchés. C’est ainsi que le développement de la consommation en Chine, par exemple, est une ouverture absolument sans précédent. S’il faut plus de consommateurs pour que ce système fonctionne, alors cela n’implique-t-il pas plus de production ? Et donc plus d’épuisement de nos ressources naturelles ?
    L’exemple de l’agriculture biologique est intéressant. En France, ce sont les agriculteurs productivistes qui touchent le plus de subventions de la PAC et qui sont donc encouragés (ou contraints) à continuer dans ce sens. Mais une inversion de la tendance apparaît grâce à la demande, en effet. Le consommateur est à la recherche de produits plus sains et on voit se développer, même si cela reste très minoritaire, des regroupements de consommateurs au sein de coopératives d’achat qui s’adresse directement à des petits producteurs labellisés bio.
    Sans être pessimiste, le monde agricole reste un réservoir de voix important pour la droite française et j’imagine qu’il sera très difficile d’inverser la tendance comme on le voit dans certains pays européens qui prennent des décisions radicales pour développer le bio.
    Que signifie « le marché est un meilleur moyen d’allocation des ressources » ? Est-ce-par la simple loi de l’offre et de la demande ? Ou par un encadrement législatif autre que l’existant ?
    Pour ce qui est de l’idéologie, nous sommes bien d’accord sur le point qu’il faut s’en tenir aux faits. C’est le seul moyen d’échapper à des prises de position basées uniquement sur la volonté de faire entrer à toute force le réel dans un système de pensée, quelqu’il soit.
    Pour en terminer, votre réponse sur l’encadrement législatif du brevetage du vivant, des médicaments et des semences amène d’autres questions en rapport avec le pouvoir du politique face à la puissance de certains groupes économiques, habitués du lobying.
    Vous signalez la défaillance de l’état mais je me demande s’il s’agit réellement de défaillance ou d’une volonté concertée de nos dirigeants pour permettre à certains de détenir des marchés rendant les consommateurs captifs ? Loin de moi l’idée de complot mais il s’agit là d’intérêts énormes qui ne peuvent se permettre de laisser certains marchés sans contrôle.
    Et du coup, nous nous trouvons dans un système de monopole complètement opposé aux grandes idées du libéralisme. C’est plutôt là que je vois les limites de ce système dont la philosophie d’origine est détournée par les intérêts de quelques uns. Exactement comme le système communiste dans tous les pays où il a été appliqué : les grandes idées, les grandes philosophies ne résistent jamais à la confrontation des intérêts des humains.

  4. Jean Dubois dit :

    Le marché est le meilleur moyen d’allocation des ressources parce qu’il ne confie pas cette allocation à l’autorité d’une personne ou d’un groupe de personnes (ce qui comme vous le relevez entraînerait inévitablement un détournement du processus à des fins particulières). En décentralisant la décision et en se servant du prix comme moyen d’information sur les besoins de chacun, le marché permet d’ajuster l’offre et la demande et de faire en sorte que des ressources limitées aillent là où elles seront le plus utiles. C’est en cela que le commerce équitable est un risque s’il brouille le signal des prix. Si le café est artificiellement vendu à un prix supérieur, un producteur met sur le marché mondial du café dont les consommateurs n’ont pas besoin alors qu’il aurait pu produire un autre bien agricole faisant peut-être cruellement défaut dans l’économie domestique. Ce bien devra à la place être acheté à un prix plus élevé (parce que son offre sera inférieure à la demande). Il est possible qu’à la fin les quelques centimes supplémentaires du café équitable créent une réaction en chaîne de mauvaise allocation des ressources dans l’économie aboutissant à un gaspillage d’un montant supérieur au transfert que l’on a voulu mettre en place.

  5. julia dit :

    Je comprends bien maintenant ce principe d’allocation des ressources. J’espère ne pas abuser en vous posant d’autres questions mais il me semble important de bien fixer ce que vous expliquez.
    D’abord, la régulation par la loi de l’offre et de la demande ne risque-t-elle pas d’être détournée artificiellement ? Sur le marché des actions, on peut voir des ventes ou des achats assez importants et brutaux pour faire monter ou descendre le prix d’une action. Est-il possible que des groupes organisent ce genre de choses pour les biens courants ?
    Ensuite, pour décider de produire un bien qui fait défaut sur le marché, il faut avoir une capacité à anticiper sur la demande future et c’est un risque que des économies pauvres ne peuvent pas prendre. Comment contourner alors ce problème ?

  6. Jean Dubois dit :

    A la différence des marchés financiers les marchés des biens de consommation sont moins soumis à des risques de manipulation des prix par des opérateurs mal intentionnés. Mais tout marché doit avoir sa « police » et comme indiqué dans le texte une politique de la concurrence peut souvent apporter aux pays en développement beaucoup plus que le commerce équitable.

    Concernant le risque économique sur un marché dont le prix fluctue, j’aurais deux remarques. Tout d’abord les économies pauvres sont bien plus vulnérables à tout type de risque (les producteurs perdent leur récolte en cas de gel ou de sécheresse sans que l’Etat les indemnise comme cela se passe chez nous). Ils ont donc d’autant plus besoin de mécanismes de marché pour la gestion des risques. Il y a eu des expériences plutôt réussies en Tanzanie et en Ouganda où des producteurs de café ont par exemple pu acheter des options de vente (auprès de courtiers en matière premières) pour se prémunir contre la baisse du cours mondial. Ce système s’avère plus efficace qu’une assurance provenant des sociétés d’Etat qui on tendance à verser un prix certes fixe au producteur mais bien inférieur au prix mondial. A nouveau il n’y a pas de systèmes parfaits (et sans risque) mais le banquier international peut parfois être un acteur plus fiable que la société d’Etat corrompue locale.

  7. julia dit :

    « Ce côté charitable du commerce équitable où la bonne conscience du consommateur s’allie à la mission civilisatrice de l’organisme en charge de certifier le producteur devrait aussi sonner comme un avertissement d’un mélange des genres des plus douteux. Tant que le commerce équitable reste un phénomène marginal, il n’est pas bien méchant et enrichit vos supermarchés, mais s’il devient un outil de propagande contre le marché, « pour une autre mondialisation » et s’il vise à bloquer le développement des pays pauvres en leur imposant une « éthique » basée sur les préoccupations égoïstes des pays du Nord, il faut se méfier de son essor. »

    En présentant le commerce équitable comme un moyen pour quelques nantis de se donner bonne conscience en imposant certaines productions aux producteurs, vous écartez une dimension qui me semble primordiale dans le fonctionnement du commerce équitable : celle des valeurs de solidarité et d’entraide qui le portent. Acheter 1 kg de café équitable dans un supermarché n’enrichit que le supermarché en effet. Mais dans beaucoup de cas, ce commerce se développe au sein d’associations de bénévoles qui fidélisent une clientèle et donc créé un marché qui permet l’écoulement direct de produits d’une manière régulière. Bien sûr, cela reste minoritaire et les supermarchés tentent de supplanter ces associations. Mais ce système permet à des petits producteurs de continuer à vivre de leurs productions. Si c’est le marché qui définit la demande et donc l’offre, ne va-t-on pas voir des concentrations d’exploitations (dans le but de faire baisser les coûts) au détriment de petits paysans qui se transformeront en ouvriers agricoles ? Et aussi au détriment de la qualité attendue par le type de clients du commerce équitable (qui privilégie toujours la qualité) ?
    Est-il possible d’imaginer que des pans entiers de la consommation échappent ainsi aux règles du marché ? On voit se développer en grand nombre le système des AMAP qui met en relation paysans et consommateurs et développe un fonctionnement qui échappe complètement au système des intermédiaires. Ce n’est pas du commerce équitable mais le principe est le même : permettre à des petits paysans de continuer à vivre de leur production en partageant ses risques (météo, maladies,…) avec leurs clients puisque leur récolte est vendue à l’avance.

  8. Francis dit :

    Sur les principes, je ne puis que vous donner raison. Je voudrais toutefois souligner une difficulté. La loi de l’offre et de la demande, comme vous le savez, ne peut produire son plein effet que dans un monde idéal où l’immédiateté règnerait.
    J’habite l’Espírito Santo, un état producteur de café. Vous utilisez abondamment l’exemple du café. Les producteurs de café brésiliens sont habitués à des variations de volumes et de prix d’une amplitude telle que les prises de risque produisent des effets maximaux. Tel petit producteur pourra se payer une piscine, c’est très banal ici, et la saison suivante se trouver totalement ruiné et rejoindre une favela d’une grande ville.
    Des mécanismes de partage des risques existent : assurances, coopératives… Ils ont cependant un succès limité.
    Bref, tous les problèmes ne sont pas solubles dans le marché.
    Néanmoins, de même que la démocratie est le pire des systèmes politiques à l’exception de tous les autres, le marché est le pire des systèmes économiques à l’exception de tous les autres.

  9. Iana dit :

    Je vous découvre aujourd’hui par cet excellent post sur le commerce équitable. On se sent moins en exil sur la lune…Bravo.

  10. Forget “Fair Trade” « Global conditions dit :

    [...] More on this fair trade topic (with the environmental issue I will not be broaching here) in this week’s The Economist. For my French friends who have difficulties with English: “je vous invite à lire ce post excellent et très clair sur le commerce équitable.” [...]

  11. Luc SEMBOUR dit :

    Le commerce équitable.
    Sans avoir AUCUNEMENT étudié la question, l’expression « commerce équitable » résonne à mes oreilles comme nouveau synonyme d’arnaque. Quiconque a fait un peu sérieusement des études d’économie et n’est pas lavé par les idéologies de gauche, aura le même réflexe conditionné.
    Il y a des règles simples que connaît tout commerçant, et tout « businessman »:
    1-RIEN de ce qui implique un échange l’argent n’est « hors limite » de la zone « attention arnaques », et surtout pas ce qui ressemble à une « bonne œuvre ».
    2-Il N’EXISTE PAS d’exemple où vouloir s’affranchir des lois économiques du marché, ne résulte pas en une déperdition d’efficacité, donc d’argent, dont quelqu’un DOIT forcément faire les frais, alors que d’autres profitent de l’aubaine. Plus l’éloignement des lois du marché est grand et plus le système engendré est inefficient, néfaste et monstrueux.
    3- »Commerce équitable » signifie forcément que tout ce qui est « autre commerce » n’est pas équitable. Quelle vanité ! Plus la ficelle est énorme, moins elle se voit.
    Autrement dit, l’ensemble de la planète est bâtie sur un commerce inéquitable et le monde entier a intégralement tout faux. Il y a des milliards d’imbéciles et d’escrocs, acteurs et complices de l’arnaque mondiale qu’est le commerce traditionnel multimillénaire.
    Il faut d’urgence mettre l’ensemble de la planète au piquet avec un bonnet d’âne, et tresser des couronnes de laurier aux intervenants du commerce équitable qui ont enfin trouvé la solution. Nous sommes sauvés, car après au moins 200 000 ans d’aberrations, nous avons découvert le « commerce équitable ». Alleluia.
    Comme disait Charles de Gaulle « si c’est si bien, pourquoi ne l’a-t-on pas inventé plus tôt ».

  12. Rakshasa dit :

    Quelque sources pour vous donner à réfléchir quant au commerce équitable et à l’alter-business:
    http://endehors.org/news/commerce-equitable-pratique-neo-coloniale-ou-extension-de-la-mondialisation
    Les coulisses de la grande distribution et du commerce équitable
    http://www.zalea.org/spip.php?article1317

  13. un pays sérieux - Planète Politique dit :

    [...] moque bien de distinguer le blanc du noir. Voilà pourquoi, à l’inverse de ces modes d’assistance qui, parce qu’ils s’adressent à ceux dont on a décidé qu’ils ne pouvaient pas [...]

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