Jean Lassalle, ou le triomphe de la bouffonnerie
Vit-on en plein délire? On peut se le demander à lire certains des articles de la presse quotidienne se réjouissant de la « victoire » du député Jean Lassalle, qui a « obtenu » un investissement dans sa commune à l’issue d’une grêve de la faim menée à l’Assemblée. On voit des hommes politiques français se réjouir de cette victoire de « l’homme seul face à la multinationale », un « extraordinaire signe d’espoir » contre cette « délocalisation à terme ». Il est félicité pour « son acte utile« . Les politiques se battent pour s’approprier le mérite d’avoir participé à cette victoire. Des éditorialistes dégoulinants de niaiserie se réjouissent, sans rire, de cette « victoire contre la mondialisation« . Mais de qui se moque-t-on?
Se rend-on bien compte de ce que recouvre cette affaire? On peut en lire un utile résumé chez DirtyDenis (merci au Swissroll pour le lien). Le ridicule de l’affaire saute aux yeux. En fait de délocalisation, il s’agit de l’affaire suivante : une entreprise japonaise, Toyal, est propriétaire d’une usine à Assous. Elle souhaite réaliser, par ailleurs, un investissement à Lacq. Ces deux opérations ne sont pas liées : il n’est pas question de transférer des activités d’un site à l’autre. Mais le député est persuadé du contraire, et a lancé sa grêve de la faim pour obliger l’entreprise à réaliser son investissement à Assous plutôt qu’à Lacq. Et il se présente comme un martyr de la cause des « délocalisations » alors qu’aucun transfert d’activité n’est envisagé, et que la « délocalisation » se trouve dans le même pays, à une soixantaine de kilomètres! On s’inquiète de « mondialisation débridée » pour une distance et une situation aussi ridicule?
Dans le monde normal, un tel individu, un tel comportement, serait considéré comme une bouffonnerie, ou comme le produit d’un esprit excentrique et dérangé, nécessitant un traitement médical. On imagine ce que les Monty Python auraient pu faire de cette histoire : « j’en ai marre de devoir faire 20 kilomètres pour aller chercher de l’essence! si Esso n’installe pas une station-service devant chez moi, je m’immole par le feu! ». Mais non, tout le monde prend cela avec un mortel sérieux. C’est un signe de la nouvelle impuissance du politique. C’est un acte de courage extraordinaire. C’est la lutte du citoyen contre la mondialisation. Les deux premiers personnages du gouvernement s’agitent pour obtenir de l’entreprise qu’elle fasse un investissement qu’elle ne souhaitait pas faire à cet endroit là. Dans n’importe quel pays, on parlerait de chantage au suicide, de racket organisé. Pas en France. On s’inquiète à peine de voir les étrangers renoncer à pratiquer des investissement en France, étant données les moeurs des indigènes.
Se rend-on compte de ce que cela signifie pour le rôle de l’élu? Dans une démocratie, on attend des élus qu’ils défendent l’intérêt général. Là, nous avons une magnifique démonstration de clientélisme, d’une conception de l’élu qui n’est pas chargé d’agir pour le bien commun, mais qui est encensé pour avoir obtenu des avantages particuliers pour son petit fief au détriment de ses voisins. L’égoïsme, la bêtise crasse, le provincialisme, le sentimentalisme niais, l’ignorance économique, tout cela incarné dans une seule affaire : chapeau, et vive la France.

15 avril 2006 at 4:31
Et sur Tanstaafl aussi, mais c’est la gloire ! François Brutsch, merci !
Personnellement, je ne prendrais pas tout ce que j’écris pour argent comptant, même si là, globalement, les faits sont exacts.
Par ailleurs, il est intéressant de suivre le lien que je donne vers le site de Toyal Europe puisque, derrière la perfidie de la pieuvre mondialiste qui dissimule sa toute-puissance sous une esthétique d’amateur, il propose une vue aérienne de l’usine d’Accous qui explique tout le problème.
On y lit en effet à la fois la cause de cette implantation – la conduite forcée et l’usine hydroélectrique qui fournit le courant indispensable à ce qui était au départ un site de production d’aluminium, laquelle production utilise énormément d’électricité, ce qui explique pourquoi tant d’usines d’aluminium ou d’aciéries électriques ont été installées dans des vallées alpines ou pyrénéennes – et la contrainte qui pèse sur elle – une vallée tellement encaissée que, sauf à faire sauter quelques pans des chères montagnes de Jean Lassalle, aucune extension n’y est possible.
En d’autres termes, un minimum de rationalité et de connaissance des contraintes techniques suffit pour comprendre que la position de Toyal, la nécessité, pour poursuivre son développement, d’aller s’installer ailleurs, a toute les chances d’être justifiée. Et voilà le japonais détenteur d’un triste record : il est le premier à être dénigré pour avoir voulu créer des emplois, et pas les supprimer.
En effet, les réactions, comme cet éditorial en pensée automatique d’Antoine de Gaudemar, superficiel, niais et démagogique, ou ces déclarations d’élus – pas tous, le président PS de la région, entendu à 13h00 sur France 2, faisait entendre la voix de la raison – où la palme de la bêtise revient à son détenteur habituel, Noël Mamère, sont aussi consternantes qu’espéré.
Il ne reste plus qu’a attendre que Toyal, qui a sûrement enfin compris comment ce pays fonctionne, ne déménage en douce, et dans l’illégalité.
Et une dernière remarque : sur « mortel sérieux », j’ai des droits d’auteur. Mais bon, soyons libéral.
10 septembre 2006 at 3:25
[...] Nous commençons avec François Bayrou, qui a réussi à exister lors de la rentrée politique en se lançant à l’assaut du « monde de l’argent » et en dénonçant la collusion entre pouvoir et médias. La première réaction à cette ficelle qui fleure la démagogie simpliste est bien sûr de confirmer à quel point l’UDF est devenu aujourd’hui un parti clown de la vie politique française. On se souvient de la grève de la faim de Jean Lassale et on voit que ce n’était pas l’acte d’un député isolé mais plutôt une sorte de stratégie de parti qui vise à exister à tout prix dans le paysage politique. [...]
9 juin 2008 at 6:31
Bonjour, nous vous remercions de l’intérêt que vous porterez à cet ouvrage et au blog, http://labetiseeconomique.wordpress.com/, qui propose aux lecteurs de poursuivre le débat.
« La Bêtise économique », ouvrage co-écrit par Catherine Malaval et de Robert Zarader, mai 2008.
Catherine Malaval et de Robert Zarader apportent un regard expert et inattendu sur trois histoires LU-Danone, Lassalle-Toyal, Metaleurop Nord, qui ont fait la Une des médias au cours de ces dernières années. Minutieusement, ils décryptent les luttes de pouvoir, la consommation médiatique de l’événement qui se cachent derrière ces crises.