Ministère de l’immigration et de l’identité nationale: arrêtons la tartufferie
Une pétition de 200 « intellectuels » est publiée aujourd’hui dans Libération pour protester contre l’intitulé du nouveau ministère de « l’immigration et de l’identité nationale ». Brice Hortefeux était déjà Ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement sous le gouvernement Fillon 1, c’est donc une vieille polémique que les « intellectuels » en question tentent de ranimer, au sujet d’un intitulé qui avait déjà provoqué l’émoi lors de la campagne présidentielle quand Nicolas Sarkozy avait annoncé son projet de créer un tel ministère. Il est assez étonnant de voir le débat s’organiser non pas autour de la politique de l’immigration et de la question de la nation et de l’identité nationale mais autour du nom d’un ministère qui marie les deux. C’est un vaste exercice de tartufferie car la gauche a entériné la même vision de l’immigration et des problèmes d’identité que la droite et que ce n’est que dans les discours que l’on peut croire à une quelconque différence d’analyse. S’il faut gloser sur les intitulés des ministères, la véritable innovation est d’avoir accolé « immigration » et « codéveloppement ». C’est un autre aspect de la stratégie de Nicolas Sarkozy qui consiste à tirer le tapis idéologique sous les pieds du PS en mettant en avant le développement des pays du Sud et en particulier de l’Afrique comme réponse aux peurs de l’immigration, la politique de la France devant être « généreuse » tout autant que « ferme ».
Franchement, on se demande quelle importance peuvent avoir les intitulés des ministères, en particulier dans un gouvernement qui a créé un « Ministère de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durable » et qui n’était pas loin de fusionner la Culture avec l’Education nationale. On me répondra que l’intitulé est symbolique et que lier la question de l’immigration et celle de l’identité nationale est un pas qui traduit une conception inacceptable dans laquelle les « étrangers » seraient la cause des problèmes d’identité. Personne ne soutiendra que l’immigration est la cause unique d’un problème d’identité nationale en France mais il est hypocrite et irresponsable de dire comme le font les intellectuels de Libération que : 1- il n’y a pas de problème d’identité nationale et que 2- l’immigration ne serait qu’une source de diversité et de richesse sans provoquer aucun problème. C’est ce genre d’ânerie allant à l’encontre de la perception des électeurs qui a fait le succès du Front national et des partis extrêmes. C’est hypocrite de dire qu’il n’y a pas de problème d’identité nationale quand on voit comme le sujet est sensible, au point de provoquer la démission de certains universitaires à la simple évocation de la question. Nier les problèmes concourt rarement à leur solution
Ensuite, il est évident que l’immigration fait partie des causes spécifiques aux problèmes d’identité nationale, ce rapprochement n’a rien de « honteux ». Le désarroi de certains jeunes issus de l’immigration n’échappera pas espère-t-on aux intellectuels de Libération. Les questions posées sur la citoyenneté française, les chances offertes à ceux qui n’ont pas la couleur de peau qu’il faut, ces questions sont au cœur des réflexions actuelles sur la « diversité ». De quoi s’agit-il sinon de la rencontre entre questions relatives à l’immigration (pas seulement celle actuelle, mais celle des générations passées) et questions relatives à la nation, l’identité nationale ? On se félicite de l’arrivée au gouvernement de Rachida Dati ou Rama Yade et on voudrait ensuite dire qu’immigration et identité nationale sont des problématiques qui ne se rencontrent jamais ? Comment expliquer que jusqu’à récemment les gouvernements ne comportaient pas de personnes issues de l’immigration (à part pour un Secrétariat d’Etat consacré à la question) ? C’est bien qu’on remettait en cause la citoyenneté, l’identité nationale de ces personnes. Parler d’ « intégration » semble même plus choquant puisque cela semble dire que la faute vient des personnes elles-mêmes qui ne « s’intégreraient » pas. « Identité nationale » paraît un concept plus neutre qui renvoie à la question de l’appartenance à la communauté politique, pas seulement la manière dont les immigrants et personnes issues de l’immigration se sentent ou non françaises mais la manière dont elles sont perçues par le reste du pays. C’est une lecture très biaisée et avec arrière-pensée politique que de traduire le rapprochement entre « immigration » et « identité nationale » comme une incitation à la haine de l’étranger. C’est au contraire une manière de poser les problèmes réels des Français aujourd’hui, de tous les Français y compris ceux issus de l’immigration dont personne ne remet en cause la pleine citoyenneté. Il va de soi aussi que l’identité nationale ne s’arrête pas à la question de l’immigration.
Le décret qui organise le travail du nouveau ministère de Brice Hortefeux est on ne peut plus clair sur ses attributions. Il regroupe des services qui existaient déjà et qui sont des activités régaliennes classiques : attribution des visas, réponse aux demandes d’asile, prise en charge des réfugiés, délivrance des cartes de séjour, naturalisation. A cela s’ajoutent des services visant à lutter contre la fraude, le travail clandestin, l’immigration illégale ou les mariages blancs. La partie « identité nationale » est concrètement la politique d’aide à l’intégration des populations étrangères, la promotion de la citoyenneté (mais concrètement c’est quoi ?), la « mémoire » (les archives du Ministère de la Défense, sic) et le « rayonnement » de la France à l’étranger, à travers la « Francophonie ». Pas de quoi fouetter un chat. Le « codéveloppement » reprend quant à lui les attributions qui étaient autrefois celles du « Ministère de la coopération » qui avait par la suite été fusionné avec les Affaires étrangères. Un nouveau découpage de l’aide au développement française semble se dessiner avec l’Agence Française du Développement (le troisième pôle après la Coopération et les Affaires étrangères) aussi partiellement rattachée au portefeuille de Brice Hortefeux.
On remarque donc deux choses. Tout d’abord le nouveau ministère est un patchwork de services qui ne sont pas réellement détachés de leur précédent ministère (l’Intérieur, la Justice, les Affaires étrangères ou l’Économie et les Finances) mais qui sont sous une « cotutelle ». L’idée n’est pas mauvaise, une certaine cohérence pourra être donnée à la politique de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du codéveloppement en faisant appel à un ministre pouvant directement intervenir auprès de divers services qui auparavant répondaient à une chaîne hiérarchique différente. On remarque ensuite que la partie « identité nationale » à proprement parler ne regroupe pas grand-chose. Disons que l’identité nationale apparaît comme un élément de la politique d’ensemble que ce ministère mettra en œuvre, mais pas vraiment comme une politique s’appliquant à travers des services dédiés spécifiquement à la promotion de cette identité. Ou alors cela sera limité à une action en faveur des populations qui deviennent françaises (par exemple en s’assurant qu’elles puissent apprendre le Français, connaître les institutions de la République) et en faveur de celles qui mettent en valeur la France et son identité (le cas de la Francophonie). Le lien entre immigration, développement et identité nationale prend alors pleinement sens et n’a rien de choquant. Pour des personnes qui changent de nationalité, il est naturel d’avoir une action favorisant leur intégration. Le « rayonnement » de la France ensuite, terme certes un peu pompeux, lie naturellement l’identité française à l’action de la France dans le monde en développement et dans les pays francophones. Marier identité nationale et co-développement fait sens de ce point de vue, surtout quand il s’agit aussi d’une politique visant à limiter l’immigration en favorisant le développement des pays pauvres.
L’argument central des opposants à l’intitulé du nouveau ministère consiste à dire que l’identité nationale ne concerne pas uniquement les migrants et les personnes naturalisées mais tout un chacun. Bien sûr. Mais comme cela a été souligné, ce n’est pas vraiment le rôle du nouveau ministère que de créer l’identité nationale. Un ministère de « l’identité nationale » fait aussi peu de sens qu’un « ministère de la solidarité » ou même un « ministère de la culture ». Tout simplement parce que l’identité nationale, la solidarité ou la culture ne sont pas à proprement parler des domaines dont la politique de l’État est responsable, par opposition au budget ou à la défense. On peut être de ce point de vue d’accord avec les signataires de la pétition lorsqu’ils disent que « l’identité nationale constitue, aujourd’hui, une synthèse du pluralisme et de la diversité des populations et ne saurait être fixée dans le périmètre d’un ministère ». C’est une conception discutable et très française que de croire que l’État a entre ses mains le destin spirituel de la nation, la culture du pays ou la « solidarité » qui remplace ce que l’on appelait autrefois la « fraternité ». Ce sont des valeurs qui ne se « décrètent » pas. Faire la promotion de l’identité nationale est bien gentil mais concrètement il ne s’agit pas d’une politique allant au-delà des discours et actions symboliques.
Il s’agit d’une véritable tartufferie de la part des intellectuels qui poussent des cris d’orfraies car ils sont les premiers à avoir passivement accepté les politiques très répressives à l’égard des candidats à l’immigration qui participent de ce climat de défiance vis-à-vis des étrangers qu’ils accusent aujourd’hui le gouvernement de provoquer. A part des protestations contre les expulsions musclées ou contre le fait qu’elles concernent des enfants scolarisés, on ne connaît pas de pétition demandant la suppression des lois actuelles qui entravent l’entrée des migrants. Entre la gauche et la droite il existe un consensus pour fermer les frontières, que l’on résume en général par la formule de Michel Rocard disant que « la France ne peut accueillir toute la misère du monde ». C’est assez hypocrite d’aller ensuite critiquer les « méthodes d’expulsion » quand concrètement on ne souhaite pas non plus voir les étrangers s’installer en France et tout au plus on réclame un « traitement humain » vis-à-vis d’eux (tout en les laissant dans cette situation peu enviable de personnes illégalement présentes sur le territoire mais ne pouvant pas être expulsées).
La seule véritable alternative en matière de politique de l’immigration est l’option libérale dans laquelle on laisse entrer librement les étrangers mais sans assurer aucun revenu autre que celui provenant de leur éventuel travail. Les étrangers ne sont pas incités à rester et à devenir des clandestins, ils peuvent librement prospecter le marché du travail et s’ils ne trouvent pas leur compte repartir. En fait, plus les politiques sont répressives et plus elles incitent paradoxalement les étrangers à rester (car le franchissement de la frontière est difficile et une fois réussi on ne veut pas le retenter). En l’absence de revenus ou d’aide particulière pour les étrangers on créée certes un système qui peut les mettre en grande difficulté et qui peut aller à l’encontre d’un certain nombre de principes de solidarité, mais on incite au retour et on contrôle les flux autrement que par l’arbitraire de la carte de séjour, du permis de travail et des forces policières à la frontière. Ce système n’a rien d’idéal et a ses propres faiblesses, le propos ici n’est pas de le défendre particulièrement mais de montrer ce qu’est une politique véritablement différente. Les travaux sur les flux migratoires montrent que la principale limite à l’immigration vient du coût lié à la migration (on ne risque donc pas de voir « déferler » des masses de personnes pauvres) et que les décisions des migrants répondent assez bien aux incitations financières (salaires, autres avantages financiers, etc.). La libre entrée et sortie des étrangers permet aussi de séparer nettement la migration économique de celle s’accompagnant d’un désir d’appartenance nationale (laquelle nous amène seule à la question de l’identité nationale). En entravant la migration économique, on crée l’ambiguïté d’une migration qui pour être économique doit tendre à être permanente et conduit peut-être des étrangers à prétendre vouloir être Français. C’est cette politique qui crée un problème d’immigration et d’identité nationale.
Ceci pour montrer que la vision de l’étranger comme « menace » n’est pas inscrite uniquement dans une conception xénophobe (qui existe) mais aussi dans la conception socialiste de la question. C’est lorsque l’étranger est vu comme concurrent de l’ouvrier et comme compétiteur dans la redistribution opérée par l’État qu’il est indésirable. La facilité avec laquelle l’électorat du parti communiste et du parti socialiste a pu se reporter sur le Front National n’a rien de surprenante. Et en parlant d’immigration et d’identité nationale Nicolas Sarkozy a pu sans problème reprendre cet électorat. On peut même aller plus loin. Dans une vision libérale des choses, la nationalité n’a pas de raison de donner lieu à des règles différentes. Si maintenant il s’agit de protéger les « Français » contre les délocalisations, de créer un écart entre les salaires des Français et ceux des étrangers par une « préférence communautaire », une « TVA sociale » ou toute forme de protectionnisme, ce que proposent aussi bien la droite que la gauche, alors oui on lie la politique interventionniste de l’État à celle de l’identité nationale. On pose le principe qu’à travail égal, productivité égale, le salarié français doit être mieux payé et protégé que l’étranger. C’est cette vision des choses qui conduit à fermer les frontières, à éviter que les usines françaises aillent s’installer ailleurs et corollaire logique que les étrangers ne viennent s’installer en France. La vision libérale suggère la liberté de circulation des capitaux et des personnes. L’optique conservatrice et socialiste demande au contraire la fermeture des frontières. Les intellectuels de Libération et Nicolas Sarkozy sont dans le même bateau idéologique et partagent la même conception du rôle de la frontière. Quand la gauche s’en prend à la droite dans ce domaine, c’est du Tartuffe intégral.

22 juin 2007 at 10:11
Pour mémoire la formule de Rocard est : « la France ne peut accueillir toute la misère du monde , mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part.» (http://www.bok.net/pajol/rocard.html)
C’est un contresens complet que de considérer cette formule comme résumant un consensus pour fermer les frontières. Au contraire, Rocard explique : « Ce rappel des contraintes pesant sur les responsables politiques a été perversement interprété comme un ralliement à une doctrine d’immigration zéro qui n’a jamais été la mienne et qui serait aussi irréaliste pour la France que dangereuse pour son économie. »
22 juin 2007 at 10:55
@Jérôme: Merci pour cette précision mais je ne crains qu’il y ait un contresens dans le contresens. Michel Rocard en 1996 a effectivement affirmé que la première partie de sa phrase ne signifiait pas qu’il fallait limiter l’immigration.
Mais si vous lisez ce discours de 1990 du même Michel Rocard, on trouve une autre version:
« Aujourd’hui je le dis clairement la France n’est plus, ne peut plus être, une terre d ‘immigration. Je l’ai déjà dit et je le réaffirme : ‘nous ne pouvons accueillir toute la misère du monde’. »
Une autre illustration du Tartuffe…
23 juin 2007 at 7:36
« La France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part. » a été prononcée le 3 décembre 1989 devant les militants de la Cimade.
A tartuffe, tartuffe et demi…
23 juin 2007 at 10:08
@YR: Merci de rappeler que c’est devant les militants de la Cimade que Michel Rocard feint d’être choqué par les lois qui limitent l’immigration (à l’époque les lois dites « Pasqua » de 1988) alors que devant les élus socialistes il exprime pleinement la pensée qui est entérinée par la gauche qui est qu’il faut faire la même chose (ce que feront les ministres socialistes de l’intérieur Joxe et Quilès). Quand en 1996, Michel Rocard s’indigine à nouveau et réécrit l’histoire au sujet de la phrase qu’il a prononcée c’est au moment de l’expulsion de Saint-Bernard quand la gauche est dans l’opposition. Puis quand elle est à nouveau au pouvoir, elle n’abroge pas les lois Debré-Pasqua de 1993, elle les complète avec Chevènement et Vaillant.
Vous me permettrez donc de sourire devant les efforts faits pour dédouaner Rocard. Un historique des lois sur l’immigration est disponible ici.
23 juin 2007 at 3:00
Votre analyse est juste : la gauche de 97 a raté le coche en ne remettant pas en cause les lois Pasqua-Debré et Vaillant a été un ministre de l’intérieur qui pourrait faire partie de l’équipe Sarkozy en cette période d’ouverture…
Et la gauche d’aujourd’hui n’a que peu de choses à proposer en matière de politique d’immigration. On ne peut que le regretter.
Mais sur le fond, je n epeux vous suivre dans votre analyse, pour la bonne et simple raison que :
1. Vous ne définissez pas le concept d’ « identité nationale ». Comme Sarkozy et la droite d’ailleurs, qui profitent ainsi des préjugés et des représentations des électeurs (en particulier ceux du FN), sans se mouiller sur ce qu’ils entendent eux par là et comment cela se traduit concrètement…
2. Vous posez comme axiome que l’ « identité nationale » souffrirait d’un « problème ». Mais là encore vous laissez à vos lecteurs le soin de projeter leur propre interprétation sur cette idée. Donnez nous au moins quelques indications sur ces « problèmes ».
Dommage.
23 juin 2007 at 4:14
@YR: vous me donnez l’occasion de dénoncer ce qui me semble être un autre artifice dans ce débat, faire croire que l’expression « identité nationale » serait suspecte, associée à l’extrême-droite, louche.
Les historiens utilisent depuis longtemps le terme d’identité nationale pour décrire comment au 19ème siècle la République a été fondée. L’identité nationale c’est simplement répondre à la question: qu’est-ce qu’être Français? Et elle a été construite à travers l’école républicaine, les valeurs de la République, la nation.
Pourquoi est-elle en crise? Parce qu’il y a l’Europe, la mondialisation, une population française qui change, l’individualisme, le communautarisme et qu’on se demande (tous, pas seulement les personnes issues de l’immigration), qu’est-ce qu’être Français aujourd’hui? C’est un débat essentiel et c’est bien la moindre des choses qu’un Président de la République, un gouvernement s’exprime sur le sujet.
Il est dès lors choquant pour moi de voir des personnes à gauche (pas toutes) s’emparer de ce débat à des fins politiciennes pour vilipender Nicolas Sarkozy. On attend plutôt des réponses aux questions suivantes: que représente la France aujourd’hui? Qu’est-ce qu’être Français? Comment se définit la Nation?
23 juin 2007 at 7:23
Merci de ces précisions sémantiques. Cela me conforte dans mes doutes sur votre analyse.
Car si « identité nationale » signifie en fait « nationalité », pourquoi utiliser un terme pour l’autre ? Et pourquoi rassembler dans un même ministère la question de la nationalité et celle de l’immigration ? Ces deux notions ne se recouvrent pas forcément.
L’immigration, c’est la venue de gens sur le territoire français, qu’ils soient d’ailleurs français ou pas. Parmi ces immigrés, beaucoup ne souhaitent pas devenir français, certains retourneront dans leur pays d’origine et certains s’installeront durablement et fonderont une famille sur le territoire français.
La droite a une volonté de durcir les conditions d’entrée sur le territoire français : contrat d’intégration, connaissance de rudiments de français, contraintes pour obtenir le rapprochement de sa famille, etc. Au nom de quoi ? La réponse qu’a donnée la droite est claire : au nom d’un risque que ferait peser l’immigration sur les fondements de la France. Cette réthorique qui fleure bon l’extrême-droite et son « invasion » n’est pourtant pas défendable sans piétiner un gros paquets des valeurs qui fondent justement la nation française, sa devise pour commencer.
Non, les immigrés ne sont pas une menace. Pas plus qu’ils seraient systématiquement une chance. Mais associer « nationalité » et « immigration » cache mal le raisonnement simpliste qui a guidé ce choix : de nombreux français pensent, pour des raisons qu’il conviendrait d’expliciter, que les immigrés et les étrangers présents sur le territoire posent plus de problèmes qu’ils n’apportent de bien. Nous (la droite) devons donc dire à notre électorat que nous traiterons de ce « problème ». Cela permet d’ailleurs de prendre des voix au FN.
Mais au-delà de ce calcul, je crains que les réponses apportées à un problème qui me semble relever grandement du fantasme de l’électeur ne semblent pas de nature à apaiser les relations entre nationaux et non-nationaux.
Mais j’espère me tromper.
4 juillet 2007 at 1:49
[...] Made in China) le 14 juillet sur leur balcon, histoire de soutirer des votes à Madame Royal ? Du côté de Free Luna on considère à raison que l’attitude française négative vis-à-vis de l’immigration n’est [...]
4 juillet 2007 at 11:12
Cher Jean,
J’ai relu votre billet et me rends compte que je suis d’accord sur pratiquement tout. Toutefois je pense que l’application du terme « identité nationale » à un ministère qui regroupe tout de la politique des visas à l’aide au développement est bien moins anodin que ce que vous semblez le ressentir. Je dirais même que c’est une question primordiale. Ce Ministère à mon avis reflète une vision paternaliste et autoritaire – au mieux – de la nation. Les protagonistes n’en sont probablement même pas conscients et c’est bien là le drame. Pourquoi ne fait-on pas de l’aide au développement pour aider les autres à s’en sortir et se penche de manière complètement indépendante sur sa propre identité nationale ? On pourrait aussi fusionner les ministères de la culture et de l’identité nationale, cela ferait peut-être même davantage de sens…. Ou bien est-ce la confirmation de mes suspicions que l’aide au développement est un dérivé de la relation coloniale ? Et, vu que le passé colonial n’a pas encore été bien passé en revue, on ait tendance à rapprocher symboliquement une sorte de gloire passée et des politiques de développement qui par ailleurs ne marchent pas… ? Je parle du passé colonial parce que la névrose identitaire du moment tourne non pas tant autour du fait qu’on pourrait laisser entrer des Allemands ou des Américains, mais bien d’anciens sujets coloniaux et peuples dominés en général, noirs ou musulmans par-dessus le marché. Je caricature, mais on voit où je veux en venir.
Je viens d’écrire (voir pingback ci-dessus) que « je ne sais pas ce qu’est l’identité nationale ». Mais suis d’accord avec vous sur le fait que cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de problème identité nationale. Un examen franc de notre propre histoire est indispensable, mais surtout, ce qui est nécessaire, est un examen d’où nous nous situons dans le monde d’aujourd’hui. La France d’aujourd’hui se définit encore trop par rapport au modèle qui a émergé au 19e siècle. Cela ne veut pas dire que ce modèle était intrinsèquement mauvais, mais que, simplement, nous sommes désormais au 21e siècle. Le discours officiel a du mal à reconnaître qu’il s’agit d’un pays assez petit, qui n’est plus une puissance militaire, ni coloniale, ni une des principales sources de production culturelle dans le monde. Les choses se passent essentiellement ailleurs maintenant. De plus, la France, comme toute l’Europe, vit sous le fait multiculturel, et le marché mondial, comme tous les autres. C’est en plus une nation européenne, dans une UE qu’elle a contribué à créer. Les progrès de l’individualisme etc. jouent aussi.
Dans un tel contexte, on devra apprendre à vivre avec une identité fluctuante, multiple et par essence non définissable. « Qu’est-ce qu’être français » c’est poser la question absurde de la quadrature du cercle. Si on veut préserver les libertés, il faut vivre avec l’indéfini, le fluctuant. Mais on ne peut vivre avec le non indéfini que si on est « bien dans sa peau ». De ce fait, mieux vaut s’atteler à créer un pays qui marche et soit attractif pour ses habitants, autochtones ou immigrés. Car dans un pays frileux et qui n’offre pas d’emploi les immigrés n’auront certainement pas envie de s’ »intégrer », et encore moins de « devenir français ». Une telle politique passe avant tout par l’économie et l’emploi, bien que ce ne soient pas des fins en soi, mais des moyens. Ce Ministère de Monsieur Hortefeux montre qu’on n’a pas encore compris tout cela. C’est tellement dommage de se sentir « en déclin », et de s’accrocher à son « identité » comme une bouée de sauvetage. Mais accepter qu’on est dans une nouvelle configuration européenne et mondiale où la gloire nationale ne rayonne plus comme jadis, tant à l’international que pour impressionner les immigrés, ne veut pas dire que c’est la fin du monde, bien au contraire. Bref : soyons moins musclés, mais soyons plus « cool ».
Je sais que j’ai une vision très décalée de ces choses, mais bon, on peut mettre ça sur le dos du fait que je sois une sorte de métèque…
Je voulais simplement faire un petit commentaire et c’est devenu un vrai billet ! A bientot!
6 juillet 2007 at 10:47
@Iana (Global conditions): Merci pour cette longue réaction et le billet sur votre blog. Je suis assez d’accord avec la vision d’ensemble et le fait que d’autres politiques sont possible pour que l’immigration ne soit pas vue comme une menace tout comme les autres dimensions de la mondialisation. Sur la vision paternaliste et autoritaire que vous décrivez, il me semble que faire un ministère « de l’intégration » la reflète tout autant (et même plus peut-être) que de parler d’un ministère de « l’identité nationale ». Faire un pays « qui marche et soit attractif pour ses habitants » me semble la bonne approche pour définir une identité française dans le 21ème siècle. Il n’y a pas besoin de ministère particulier pour faire cela, mais c’est important qu’un gouvernement s’exprime sur ce sujet et propose une politique que l’on puisse débattre.
2 mars 2008 at 7:05
De l’utilité de ce billet ? Aucune. Parler uniquement de « vision » des choses, au lieu de parler des choses elles-même. Parler de son interprétations des mots, au lieu de parler des mots eux-mêmes. Emmener un (faux-)débat, au lieu de l’action. C’est d’un enfantillage. Réduire la politique à une équation mathématique : « donc, en gros, leur vision est malsaine, voter pour nous ». C’est absurde. Et désespérant de voir les gens perdre leur temps à ça.