Ca commence mal pour le nouveau gouvernement: Christine Lagarde, ministre de l’économie
Une question cruciale pour le succès du gouvernement Fillon est de savoir si la tendance étatiste et protectionniste va l’emporter sur le libéralisme. Les réformes que souhaite mettre en place Nicolas Sarkozy et qui ne sont pas toutes dénuées de sens sur le plan social et en matière d’emploi demandent avant tout un taux de croissance élevé. Encourager à travailler davantage va dans ce sens mais cela ne peut fonctionner que si les incitations en faveur d’une productivité plus élevée sont là. Or ces incitations proviennent en grande partie de la concurrence des entreprises étrangères ainsi que du développement de nouveaux secteurs dans l’économie, ce qui suppose le déclin et la disparition d’autres. La discussion autour de la « TVA sociale », qualifiée de « TVA anti-délocalisation », permettait déjà d’émettre quelque doutes quand à la compréhension des enjeux économiques actuels par le gouvernement. La nomination de Christine Lagarde à la tête de Bercy est un autre mauvais présage, elle qui s’est illustrée en défendant les lobbys agricoles et industriels à l’OMC et en faisant la promotion de nos exportations dans une vision mercantiliste et « pop-internationaliste » de la mondialisation. En même temps, la nomination d’Hervé Novelli comme secrétaire d’Etat qui aura en charge précisément le commerce extérieur (ainsi que les entreprises) envoie un signal contraire puisque ce dernier a fondé au sein de l’UMP un courant libéral. Nicolas Sarkozy devra cependant choisir entre libéralisme et mercantilisme.
Christine Lagarde est une juriste qui ne dispose d’aucun diplôme en économie (à l’exception d’un diplôme de Sciences Po qui comporte un peu d’économie). Elle ne serait pas la première à aller à Bercy en connaissant davantage le droit que l’économie. Un de ses prédécesseurs dans la même situation était… Nicolas Sarkozy. Pour être un bon ministre de l’économie, rien ne dit qu’il faille un doctorat en sciences économiques. On connaît des professeurs d’économie qui n’ont pas très bien réussi dans la fonction. Un ministre a des conseillers et ce sont eux qui doivent avoir les bonnes idées, plutôt que le ministre lui-même, lequel doit avant tout être un bon manager à la tête de son ministère et un fin politicien dans sa participation au gouvernement et dans ses relations avec le Premier ministre et le Président. Toutefois, Christine Lagarde a non seulement le profil de juriste mais une vision de l’économie et du commerce international qui est celle d’une « law firm ». Elle est là pour défendre ses clients. Ce qu’elle a très bien fait dans sa carrière chez Baker & McKenzie, un prestigieux cabinet d’avocats, où sa philosophie était « le client d’abord ». On comprend donc sa carrière comme ministre déléguée au Commerce extérieur dans le gouvernement Villepin, où elle a défendu ses clients dans le cadre de la négociation de l’OMC : les agriculteurs, les « champions nationaux » et autres industriels devant leur chiffre d’affaire à l’État davantage qu’à leur compétitivité. Malheureusement les consommateurs français et européens ne faisaient pas partie des « clients » de Mme Lagarde et ce n’est pas leur revenu qu’elle a défendu.
C’est naturellement que Christine Lagarde est passée du commerce extérieur à l’agriculture puisqu’en France le ministère du commerce est essentiellement là pour satisfaire les gros producteurs agricoles qui s’enrichissent à l’aide des subventions de la Politique Agricole Commune et peuvent vendre leurs produits très chers aux consommateurs français en se masquant derrière le pauvre petit paysan du Larzac menacé par la mondialisation. Le ministère de l’agriculture en France pourrait très bien être fusionné avec celui du commerce extérieur, puisque ce dernier défend essentiellement les intérêts d’une poignée d’agriculteurs. C’est d’ailleurs peut-être ce qu’il se serait produit si les syndicats agricoles n’avaient pas rappelé Nicolas Sarkozy à l’ordre pour avoir « leur » ministre. Indiquons au passage que l’agriculture ne représente que 2,5% de notre PIB et que dans les 97,5% restant on trouve de nombreuses entreprises qui ne peuvent exporter du fait des barrières mises sur les produits agricoles (ni créer d’emplois). Les exportations agricoles par ailleurs représentent 10% de nos exportations totales et ce sont les 90% restant qui subissent les barrières que les pays en développement maintiendront tant que l’on sabotera leur agriculture avec notre protectionnisme.
Christine Lagarde n’a pas forcément les idées les plus archaïques en matière de mondialisation et de rôle de la France dans le commerce international, comme on peut le voir dans ce discours prononcé à l’Université de Chicago. Comme ministre déléguée au commerce, elle n’a pas seulement servi la soupe aux lobbys agricoles, elle a aussi tenté d’encourager les exportations françaises dans les secteurs innovants. Mais ce mélange de protectionnisme et d’incitations à l’exportation est précisément la vision mercantiliste française qui depuis plusieurs siècles est un sérieux handicap pour l’économie du pays et explique son relatif déclin vis-à-vis du monde anglo-saxon. Il est clair aussi que quand l’heure des choix arrive Christine Lagarde est une ministre disciplinée qui fait ce que l’on lui dit de faire et qui arrivée à l’agriculture dans le gouvernement Fillon a tout de suite défendu la « préférence communautaire » parce que cela fait partie du programme Sarkozy. C’est d’ailleurs sans doute parce qu’elle est disciplinée qu’on lui confie Bercy aujourd’hui. Mais un ministre doit savoir garder du recul et n’est pas là pour défendre des intérêts catégoriels. Que penser de Christine Lagarde quand placée à la tête du Ministère de l’agriculture elle s’empresse de déclarer que les agriculteurs « contribuent largement à la protection de l’environnement » ? Ce sont des propos d’avocat défendant ses clients, pas ceux qu’on attend d’un ministre chargé de l’intérêt général.
Ne jetons pas forcément la pierre à Christine Lagarde, c’est bien la vision de Nicolas Sarkozy qu’elle appliquera en matière de protectionnisme agricole et de « lutte contre les délocalisations ». On peut juste regretter que le choix du nouveau ministre ne permette pas d’avoir quelqu’un de plus réticent à cette partie du programme du nouveau Président, pouvant positivement l’influencer en lui faisant comprendre que c’est la réussite de sa présidence qu’il met en jeu sur ces questions. Peut-être que ce rôle pourra être rempli par Hervé Novelli, nommé secrétaire d’Etat en charge des entreprises et du commerce extérieur, et qui représente l’aile libérale de l’UMP. Nicolas Sarkozy a toujours gardé en main des cartes libérales en même temps qu’étatistes et protectionnistes. Maintenant que le gouvernement entame les réformes, il faut cependant choisir.

21 juin 2007 at 10:31
Tout d’abord, je dois vous remercier. Sans vous, je n’aurais pas découvert le discours prononcé par Christine Lagarde à l’Ecole Polytechnique en tant que ministre du Commerce extérieur. (http://www.exporter.gouv.fr/exporter/Pages.aspx?iddoc=1025&pex=1-2-5-1082-66-976-1025)
Sa conclusion va me permettre de recentrer la question que votre billet introduit. Je me permets donc de la citer. Ça donne ça :
« Julien Gracq écrit : « Tant de bras pour transformer le monde et si peu de regards pour le contempler » Ne renoncez jamais à votre regard, à votre écoute et inspirez vos actes de vos émotions et de vos impressions. L’Histoire du monde n’est pas celle des Empires prestigieux et déchus, des monuments – tout se délabre un jour – mais celle des Hommes et de leur capacité à mettre le progrès et le développement au service de leur bonheur et de leur bien-être, et non le contraire.
« C’est là le défi principal qui se pose à nous, et qui les résume tous : saurons-nous mettre l’avenir du monde au service de l’Homme ? C’est à nous qu’il appartient, par nos idées inspirées et nos actions réfléchies, de répondre oui et de faire de la mondialisation un outil d’harmonie plutôt que de discorde. »
Je crois, en effet, sinon la question du moins la préoccupation pertinente. Certes, l’actualité amène à se poser des questions, mais elles sont loin d’être essentielles. Pire, à traiter de l’immédiat, on oublie moins qu’on néglige totalement l’avenir et les questions qu’il soulève. Ce discours sur la mondialisation contient l’essentiel de biais culturels et psychologiques qui exclut que l’on puisse déboucher sur des solutions. Demander à chacun des devenir un acteur responsable relève d’une injonction paradoxale dans la mesure où elle présuppose le problème résolu. A savoir : qu’est-ce que responsable aujour’hui ? Non pas dans un logique répressible (c’est lafaute à qui ?) mais bâtisseur (c’est quoi son rôle ou pour être plus d’actualité, son EMPLOI dans le monde d’aujourd’hui. Or, justement, c’est au « politique » qu’il incombe d’apporter cette réponse. Le fait que, sarkoziste ou royaliste, le monde politique ne semble pas prêt à fournir cette réponse, ne fait pas de tous les autres acteurs, des hommes ou des femmes politiques.
Le défi que lance l’avenir est de demander à chacun de trouver sa place et de lui donner les moyens de l’occuper et aux pouvoirs, au moins politique et économique si il y parvient, de proposer une vision qui rende possible cette recherche et cette valorisation.
Le reste, tout le reste, relève du faux débat. Enfin, c’est ce qui me semble. Ce qui n’enlève rien, bien au contraire, à la qualité de votre billet.
Bonne journée
21 juin 2007 at 11:21
Tout d’abord, je dois vous remercier. Sans vous, je n’aurais pas découvert le discours prononcé par Christine Lagarde à l’Ecole Polytechnique en tant que ministre du Commerce extérieur.
(http://www.exporter.gouv.fr/exporter/Pages.aspx?iddoc=1025&pex=1-2-5-1082-66-976-1025)
Sa conclusion va me permettre de recentrer la question que votre billet introduit. Je me permets donc de la citer. Ça donne ça :
“Julien Gracq écrit : « Tant de bras pour transformer le monde et si peu de regards pour le contempler » Ne renoncez jamais à votre regard, à votre écoute et inspirez vos actes de vos émotions et de vos impressions. L’Histoire du monde n’est pas celle des Empires prestigieux et déchus, des monuments – tout se délabre un jour – mais celle des Hommes et de leur capacité à mettre le progrès et le développement au service de leur bonheur et de leur bien-être, et non le contraire.
“C’est là le défi principal qui se pose à nous, et qui les résume tous : saurons-nous mettre l’avenir du monde au service de l’Homme ? C’est à nous qu’il appartient, par nos idées inspirées et nos actions réfléchies, de répondre oui et de faire de la mondialisation un outil d’harmonie plutôt que de discorde.”
Je crois, en effet, sinon la question du moins la préoccupation exposée dans cette conclusion pertinente. Certes, l’actualité amène à se poser des questions, mais elles sont loin d’être essentielles. Pire, à traiter de l’immédiat, on oublie moins qu’on néglige totalement l’avenir et les questions qu’il soulève.
Ainsi, le reste de ce discours sur la mondialisation contient l’essentiel des biais culturels et psychologiques qui excluent que l’on puisse déboucher sur des solutions. Demander à chacun, par exemple, de devenir un acteur responsable relève de l’injonction paradoxale tant la mesure présuppose le problème résolu. A savoir, entre autres : qu’est-ce qu’être responsable aujourd’hui ? Non pas dans un logique répressive (c’est la faute à qui ?) mais positive (c’est quoi son rôle ou pour être plus d’actualité, son EMPLOI dans le monde d’aujourd’hui ?) Or, justement, c’est au “politique” qu’il incombe d’apporter cette réponse. Le fait que, sarkoziste ou royaliste, le monde politique ne semble pas prêt à fournir cette réponse, ne fait pas de tous les autres acteurs, des hommes ou des femmes politiques. C’est-à-dire, de faire n’importe quoi.
Bien au contraire, le défi que lance la situation actuelle à chacun est de trouver sa place, ses emplois, dans la société ; l’avenir consistant à créer les conditions devant lui fournir les moyens de l’occuper . Quant au pouvoir politique, son rôle est de parvenir à proposer une vision qui rende possible cette recherche et cette valorisation.
Le reste, tout le reste, relève du faux débat. Enfin, c’est ce qui me semble. Ce qui n’enlève rien, bien au contraire, à la qualité de votre billet.
Bonne journée
25 mai 2008 at 12:24
[...] le nouveau gouvernement: Christine Lagarde, ministre de l’économie 25 mai 2008 dans Politique Visualisez la source de “Ca commence mal pour le nouveau gouvernement: Christine Lagarde, mini… sur http://www.tanstaafl-fr.net Une question cruciale pour le succès du gouvernement Fillon est de savoir [...]