Vaguelette bleue et roman à l’eau de rose

18 juin 2007, par Jean Dubois

Il aurait été assez ennuyeux de voir se confirmer le « tsunami bleu » du premier tour de l’élection législative, c’est pourquoi les électeurs dans leur « grande sagesse » ou -dans une version circonscription rurale- leur « bon sens paysan » (entendu plusieurs fois lors de la soirée électorale) ont décidé de voter différemment au second tour. Cela a permis d’animer un peu le détail des résultats et de faire patienter les Français jusqu’au moment dramatique qu’a été l’annonce de la séparation du couple Ségolène Royal-François Hollande. Par ailleurs, le correctif des électeurs semble mettre fin au risque des « pleins pouvoirs ». Un bien beau spectacle médiatico-politique, mais au fond que s’est-il passé hier ?

L’élection législative a tout d’abord donné une majorité au Président de la République qui lui permettra de mettre en œuvre son programme. Sans doute existe-t-il une différence entre une majorité de 289 députés (le minimum dans une Assemblée qui comporte 577 sièges) et une majorité de plus de 400 députés mais pour voter la plupart des lois cela n’a aucune incidence. Seules les lois constitutionnelles demandent une majorité des trois cinquièmes. Que ce soit pour la majorité ou pour l’opposition, le nombre de députés compte en fait assez peu. Le contrôle du Parlement sur l’action du gouvernement passe par des débats, des questions écrites ou orales, des travaux en commission, où le « talent » du député et son implication (à commencer par sa présence) ont plus d’importance que l’effectif global de son camp.

Le nombre de députés a cependant un impact à plusieurs niveaux dans l’activité de l’Assemblée nationale. Tout d’abord pour créer un groupe politique. Ces groupes de parlementaires ont un certain nombre de prérogatives dans l’organisation des débats et des travaux de l’Assemblée. Le nombre de députés joue ensuite à deux niveaux. Au niveau financier, un député rapporte à son parti 44 000 euros, ce n’est pas négligeable. Par rapport au temps dont dispose un député pour se consacrer à sa fonction, il est évident enfin que la technicité des sujets débattus et la prolifération des lois demandent un minimum de troupes pour pouvoir sérieusement peser dans la délibération législative. D’autant plus que les députés disposent d’un budget limité pour embaucher des collaborateurs. Il y aurait certainement beaucoup de réformes à mettre en œuvre pour améliorer le contrôle du Parlement sur l’activité du gouvernement et du Président.

On peut s’interroger sur la « victoire » ou « défaite » de la majorité présidentielle, se passionner pour les conséquences politiques de la défaite symbolique d’Alain Juppé ou de la séparation du couple Hollande-Royal, il reste que pour les cinq prochaines années la France sera gouvernée par l’UMP et le « nouveau centre », sur la base du programme présidentiel présenté par Nicolas Sarkozy. Interpréter les variations de suffrage entre le premier tour et le second tour et y voir des « messages » des électeurs relève d’une activité qui ne se prolongera pas au-delà des commentaires de la soirée électorale. Un nouveau gouvernement sera nommé mardi matin et son action sera soumise de la même façon au contrôle du Parlement, des médias et de la rue, sans que le résultat de l’élection législative n’ait une très grande influence.

Un débat riche a eu lieu sur la TVA sociale, dont la majorité présidentielle a peut-être été victime avec l’aide d’une dose de démagogie de la part du parti socialiste, mais qu’importe l’important est que ce type de débat puisse avoir lieu, particulièrement quand le gouvernement annonce lui-même « réfléchir » à cette réforme. La présentation d’une droite « monolithique » et « rouleau compresseur » dans un scénario visant à faire peur aux enfants n’a par ailleurs pas permis de s’interroger sur les courants qui peuvent animer la nouvelle majorité. Or on sait que cette majorité fait sur un certain nombre de thèmes le mariage de la carpe et du lapin, en particulier sur le plan économique avec des idées libérales et des idées étatistes et protectionnistes. La composition du groupe UMP et le rôle du « nouveau centre » (et du Modem) auront sans doute une importance dans les futurs choix du gouvernement et de ce point de vue les résultats de l’élection législative nous éclairent peu.

Pour la gauche aussi, avoir échappé à une « déculottée » ne change pas la problématique de base, celle de la « refondation ». Comme pour la droite, c’est dans une analyse plus fine des victoires et défaites à l’intérieur du bloc que l’on pourrait peut-être voir des signes (par exemple dans la défaite de la gauche « républicaine » façon Jean-Pierre Chevènement). La révélation de la séparation du couple Hollande-Royal est une surprise en tant que « révélation », c’est-à-dire annonce publique, mais pas pour ce que tout le monde savait déjà (on avait remarqué que le PS s’exprimait officiellement à « deux voix » depuis un moment).

En résumé, il s’est passé beaucoup de choses lors du second tour de l’élection législative mais rien n’a changé. Ou alors si quelque chose a changé, il faudra aller le comprendre à l’intérieur de chaque camp et pas dans le simple résultat du nombre de députés à gauche et à droite.

Une réponse à “Vaguelette bleue et roman à l’eau de rose”

  1. Taranne dit :

    Il y a tout de même un évènement d’importance qui est la première reconduction d’une majorité depuis trente ans. Les politiques comme les commentateurs se sont assez plaints de notre instabilité chronique et pourtant personne ne semble avoir prété la moindre attention à ce fait capital mine de rien: la France est de nouveau gouvernable.

Laisser un commentaire