La France peut-elle devenir une démocratie?
A la veille du premier tour de l’élection présidentielle, dans laquelle le choix des Français peut se porter sur 12 candidats, il peut paraître provocant de se demander si la France est une démocratie. Et pourtant comme nous le montre l’exemple russe, la démocratie ce n’est pas si simple et ça ne saurait se résumer à l’organisation d’une élection. De nombreux pays ont des élections « démocratiques » où il n’est pas besoin de truquer outre mesure le scrutin pour voir le candidat souhaité l’emporter. La France n’illustre pas la république bananière sous la coupe d’un dictateur « élu » mais pose néanmoins la question de la réalité du régime démocratique. Le président sortant n’a-t-il pas été élu avec plus de 82% des suffrages ? Peu de réelles démocraties ont à offrir dans leur histoire un tel score, qui traduit tout simplement une absence de choix.
Il existe de nombreuses définitions de la démocratie, « régime du peuple » qui dans l’ère contemporaine est un régime représentatif s’appuyant sur des corps intermédiaires. Sans rentrer dans un débat de spécialistes de science politique, disons que la caractéristique qui nous intéresse ici est celle du « choix », la possibilité de sélectionner des orientations politiques différentes à défaut d’un « modèle de société ». La démocratie dans une version minimaliste peut être vue comme l’opportunité de renverser le pouvoir en place quand il n’a plus le soutien populaire. De ce point de vue, un pays comme la France n’a pas de déficit démocratique puisque historiquement de nombreux régimes politiques ont été renversés, la France s’illustrant par une quinzaine de constitutions différentes depuis sa Révolution. Mais justement le « mal français » en la matière est l’impossibilité de trouver la stabilité institutionnelle et de faire fonctionner finalement la démocratie.
Un tour de table des candidats à l’élection présidentielle est révélateur en la matière. Tout d’abord, un bon nombre de candidats ne sont pas là pour être élus. Ils sont là pour « protester » ou pour représenter un groupuscule idéologique qui de toute façon ne souhaite pas participer au gouvernement de la France. Additionnées, les voix qui se portent sur les candidatures à vocation non gouvernementale de l’extrême-droite ou de l’extrême-gauche représentent une part non négligeable de l’électorat. L’existence de ces extrêmes politiques singularise la France et interdit par exemple la représentation proportionnelle. Cette représentation paraît logique dans un régime démocratique et bien que conduisant à l’instabilité politique peut très bien s’accommoder de la présence de nombreux partis politiques dès lors que des coalitions gouvernementales peuvent émerger. Mais un Parlement avec des députés trotskystes, maoïstes, communistes, écolo-gauchistes, anti-républicains et xénophobes ne peut fonctionner. Surtout si le « centre » se positionne lui-même comme « anti-système » et protestataire comme on le voit avec François Bayrou.
De ce fait, les Français se rangent en majorité derrière un régime présidentiel mettant en scène un « homme providentiel ». Il est probable sauf surprise majeure que Nicolas Sarkozy soit le prochain président de la République et finalement sa qualité principale dans cette campagne aura été d’incarner cet « homme fort » dont on attend la poigne nécessaire pour mener ces fameuses « réformes » dont on nous parle depuis 25 ans et qui sont nécessaires pour assurer l’avenir du pays sans jamais être menées (ou alors à dose homéopathique). On a du mal à voir quel projet politique Nicolas Sarkozy incarne, certains le vilipendant pour son « libéralisme » pendant que d’autres voient en lui quelqu’un d’autoritaire et dirigiste. Mais libéraux et conservateurs peuvent se retrouver dans l’espoir de cet « homme providentiel » que l’on attend comme le messie pour réformer la France.
Les autres candidats eux-mêmes sont jugés à l’aune de cette conception politique étonnante, et pas vraiment du registre de la « démocratie », du leader à poigne pouvant mettre en œuvre le changement. Ségolène Royal, un temps portée aux nues justement pour avoir proposé une autre vision politique, celle de la « démocratie participative », se retrouve victime de ce choix maintenant que l’élection se concrétise. On lui reproche de ne pas avoir les compétences de leader et son message de gauche devient inaudible au milieu de la cacophonie gauchiste. Elle bénéficiera sûrement d’une seconde chance si elle parvient au second tour de l’élection mais l’enjeu sera à nouveau pour elle de montrer qu’elle peut être la « femme providentielle ». François Bayrou a de son côté largement joué de l’effet « anti-système » et nous révèle qu’il n’est pas besoin d’avoir un discours idéologique extrême pour rassembler les voix de façon démagogique mais efficace. Bien sûr sa candidature n’est pas crédible en l’absence d’un parti, d’une majorité, d’un projet politique au-delà de l’élection présidentielle. Mais sa popularité dans les sondages montre le plus clairement du monde que l’élection présidentielle française n’est pas une élection démocratique mais une sorte de plébiscite où un homme rencontre le pays. Et avoir un parti, des députés, des militants devient secondaire, le dirigeant se suffit à lui-même et sa majorité se construira d’elle-même. Enfin, le dernier candidat avec un score prédit à deux chiffres, Jean-Marie Le Pen, est un autre exemple de la conception de « l’homme providentiel ». Dans une vision optimiste de la réalité de son électorat on peut même espérer que ce ne soit pas tant le racisme et les idées anti-républicaines qui soient l’explication du suffrage anormalement élevé du leader d’extrême-droite, mais la recherche de ce chef politique à poigne dont la France aurait besoin.
Cette élection, à l’exception peut-être de la candidature de Ségolène Royal, ne nous réserve donc rien de bien nouveau en matière de « monarque républicain ». Le regretté Jean-François Revel a fort bien décrit à quel point notre pays s’éloignait de la démocratie libérale en se complaisant dans cette conception politique archaïque. Son ouvrage L’absolutisme inefficace expliquait bien que certes François Mitterrand était l’un des présidents les plus épouvantables que l’on pouvait avoir mais qu’il n’était finalement pas responsable de cette situation, les institutions expliquant largement le déni de démocratie. Jacques Chirac en votant le quinquennat et en pratiquant de manière maladroite la dissolution parlementaire a peut-être plus œuvré dans l’inefficace que dans l’absolutisme mais le résultat de sa présidence a été peu différent. Qu’attendre du prochain président ? On a l’impression que les Français ne sont pas très éloignés des russes et attendent un « Poutine » gouvernant d’une main de fer et étant largement soutenu par la population dès lors qu’il pourrait préserver la prospérité économique, voire nous protéger de la mondialisation. C’est ce que Chirac a tenté avec plus ou moins de succès.
Pourquoi est-il impossible en France d’avoir un réel débat démocratique ? Il est difficile de partager les responsabilités entre l’électorat, les leaders politiques, les partis, les médias. Il s’agit sûrement d’un cercle vicieux où chacun a sa responsabilité. L’école qui se targue de former des « citoyens » reste très idéologique en France. Pas tant d’ailleurs dans un biais « à gauche » (bien que le succès des idées gauchistes y trouve sûrement une source) mais dans des positions critiques vis-à-vis du capitalisme et de la démocratie libérale qui font que la démocratie elle-même se trouve victime de modes de pensée qui privilégient la contestation et la confrontation des hommes (ou femmes) au consensus et au débat des idées (et cela se voit aussi bien à gauche qu’à droite). Le débat d’idées reste confiné à des petits cercles d’intellectuels et de journalistes, comme au temps de la Cour du monarque et n’est pas un débat démocratique faisant intervenir le pays. On pourrait aussi bien sûr évoquer la culture politique d’une nation qui certes a su faire la Révolution mais n’a jamais réussi ensuite à concrétiser la démocratie et se caractérise par des retours cycliques à des régimes autoritaires ou tendant à concentrer les pouvoirs entre les mains d’un seul homme (de l’empire napoléonien à la cinquième république gaulliste, en passant par le régime de Vichy). La crise des partis politiques et plus généralement de tous les corps intermédiaires (y compris la sphère médiatique) sont de l’ordre des poncifs, mais font partie du puzzle de l’absence démocratique française.
Comment faire évoluer l’électorat et trouver cette maturité démocratique qui manque cruellement à la France? La réponse passe davantage par un changement institutionnel que dans l’attente du leader-sauveur. Plutôt que d’accroître les pouvoirs du président pour pallier la faiblesse parlementaire française (la solution gaulliste), il faut renforcer le Parlement et tendre vers un système bipartisan qui évite la multiplicité des petits candidats et permet l’affrontement de deux projets. Plutôt que de croire que c’est en dynamitant le paysage politique français que l’on obtiendra le changement (la solution Bayrou, Le Pen et autres candidats contestataires), il faut partir des partis en place pour faire évoluer les élites politiques (la primaire socialiste étant de ce point de vue intéressante puisque c’est une candidate moderne qui en est sortie vainqueur). Plutôt que d’espérer l’homme fort qui mettra en place les réformes en s’opposant à l’inertie des intérêts acquis (la solution Sarkozy), il faut au contraire insister sur les idées fortes qui peuvent réellement changer le pays et pourraient trouver leur expression à gauche ou à droite. Les libéraux par exemple seraient bien inspirés d’investir aussi bien la droite que la gauche plutôt que de se constituer en groupuscule « alter-libéral ». Les institutions peuvent aider ce changement en donnant moins d’importance et d’audience aux partis groupusculaires, en rendant les destins politiques plus courts et davantage liés aux projets politiques (par exemple en supprimant la cohabitation), en renforçant les contrôles et la transparence. Mais au-delà des institutions politiques, c’est aussi à l’école, dans l’administration, dans les collectivités locales qu’il faut introduire plus de diversité et d’autonomie pour que des systèmes concurrents se développent et que les idées nouvelles ne viennent pas du monarque dans son palais mais de la base, dans la réalité de l’expérience de terrain plutôt que l’abstraction de la vision politique du souverain.

2 mai 2007 at 9:01
Bonjour,
Cette reforme institutionnelle c’est l’un des pilliers du pacte presidentiel et l’objectif n’est pas de rafistoler la constitution mais de la remettre a plat pour deboucher sur une authentique DEMOCRATIE OUVERTE ET EFFICIENTE.
J’ajoute que la Gauche en particulier au PS l’exemplarite sans etre parfaite est plus appliquee – non cumul des mandats par exemple, place des femmes , diversite (c est un peu plus dur car on touche un socle sociologique dur des mentalites francaises).
A droite, c est beaucoup moins probant.
Ils perdent les elections ==> ils sont tjrs au pouvoir.
Le nombre de cumulard en plus avec 30 A 40 ANS DE VIE POLITIQUE (pasqua et consors)..bref, au dela des mots, des discours, il y a les faits.
Seuls, Barre, Juppe et SEGUIN echappent a cette macarade.
Alors, malgre les hesitations SEGOLENE et ceux qui l’entourent me paraissent plus qualifies pour AGIR JUSTE ET TENIR PAROLE.
http://www.desirsdavenirmarcqbondues.over-blog.com
5 mai 2007 at 1:54
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