Le génocide de Srebrenica

26 février 2007, par Jean Dubois

La Cour internationale de justice (CIJ) a reconnu aujourd’hui que le massacre de Srebrenica était un génocide. C’est la première fois qu’un Etat, en l’occurrence la Serbie, est désigné comme n’ayant pas rempli ses obligations à l’égard de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de 1948. Pour autant la Serbie n’est pas déclarée coupable du génocide, comme le demandait la Bosnie-Herzégovine, mais la formulation de l’arrêt de la CIJ désigne clairement la Serbie comme pays ayant violé ses obligations pour ne pas avoir prévenu le génocide et pour ne pas avoir remis à la justice ses auteurs, ce qui sanctionne sa lourde responsabilité. L’arrêt mentionne aussi le soutien militaire et financier de la Serbie aux Serbes de Bosnie, soutien sans lequel le génocide n’aurait pas été possible. Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) avait déjà qualifié de génocide le massacre de 8000 bosniaques musulmans qui avait eu lieu en juillet 1995 à Srebrenica, tout en poursuivant ses auteurs. La CIJ, elle, arbitre les différends entre Etats et se prononce dans le cadre d’une plainte de la Bosnie contre la Serbie. Jusqu’à maintenant la Serbie plaidait non coupable en alléguant que les crimes avaient été commis par des éléments non contrôlés de son armée ou tout au plus par les « Serbes de Bosnie » à distinguer de la Serbie. Si la décision de la CIJ est une avancée dans la reconnaissance de sa responsabilité, elle n’est pas entièrement satisfaisante en ne reconnaissant pas la culpabilité de l’Etat serbe. La Cour a été très frileuse car l’implication directe de la Serbie semble largement établie, comme l’indique le juge Mahiou dont l’opinion dissidente peut être trouvée à la fin de l’arrêt. Par ailleurs, si la culpabilité réside dans l’absence d’action pour prévenir le génocide, d’autres pays et l’ONU elle-même devraient se retrouver sur le banc des accusés.

Pour les victimes, la reconnaissance du crime du génocide et la condamnation à mi-mots de la Serbie ne sont bien sûr qu’une faible consolation. Mais elle est symbolique et importante. Ne pas reconnaître le caractère de génocide du massacre et voir en plus les véritables responsables s’exonérer de toute responsabilité était inacceptable. La victoire est toutefois très partielle car en l’absence de condamnation de la Serbie pour avoir commis le génocide (pas seulement à Srebrenica mais dans toute l’ex-Yougoslavie), des réparations à la charge de l’Etat serbe sont écartées.

Surtout, il est amer de voir l’ONU, à travers sa plus haute Cour, déclarer maintenant en 2007 que le massacre de Srebrenica était un génocide. Ce qu’on ne trouve pas rappelé dans l’arrêt de la CIJ c’est que l’ONU elle-même est lourdement responsable du génocide qui a été perpétré dans une enclave « protégée » par ses casques bleus. C’est l’ONU qui a désarmé la population de Srebrenica en échange d’une protection qu’elle n’a pas assurée. L’attaque de Srebrenica était prévisible et connue de l’ONU, elle a débuté le 6/7 juillet 1995 et à plusieurs reprises les troupes de la FORPRONU sur le terrain (elles-mêmes attaquées) ont demandé des appuis aériens. Les avions de l’OTAN interviennent trop tard le 10 juillet quand la ville est déjà tombée. Mais pour autant l’ONU reste inactive et écarte la possibilité d’une reprise de la ville. Le général serbe Mladic peut donc librement massacrer les habitants de l’enclave entre le 11 et le 17 juillet. Ratko Mladic et Radovan Karadzic auprès de qui il prenait ses ordres sont toujours en fuite.

Espérons que la reconnaissance du génocide et de la responsabilité de la Serbie se traduisent aussi par un examen plus approfondi de la responsabilité de l’ONU. Car d’autres pays et l’ONU elle-même ont violé les obligations leur incombant en matière de prévention et de répression du crime de génocide.

2 réponses à “Le génocide de Srebrenica”

  1. Tanstaafl-fr » Blog Archive » Et pendant ce temps-là au Darfour dit :

    [...] au gouvernement du Soudan de faire l’innocent, comme Milosevic l’a aussi réussi en Bosnie. D’autres protagonistes sont à mentionner pour compléter le tableau : l’existence de [...]

  2. klavi dit :

    Elle ne reconnais pas la culpabilité non par frilosité, mais parcque la serbie n’à pas plannifier de genocide à srebrenica.

    Dans son arrêt rendu aujourd’hui à La Haye, la Cour dit que la Serbie « n’a pas commis de génocide

    L’arrêt ajoute que la Serbie « n’a pas participé à une entente en vue de commettre le génocide, ni n’a incité à commettre le génocide ».

    La CIJ estime enfin que la Serbie ne s’est pas rendue « complice » de génocide.

    en revanche.

    Elle a jugé aussi que « la Serbie a violé les obligations qui lui incombent en vertu de la convention pour la prévention et la répression du crime de génocide en ne transférant pas Ratko Mladić,

    et pourquoi la serbie n’est pas coupable ?$

    Ces ordres ont été mis en oeuvre par le général Ratko Mladic, dont les forces ont attaqué l’enclave le 11 juillet 1995, terrorisant la population et procédant à l’exécution sommaire de près de 7.900 Musulmans Bosniaques entre le 13 juillet et le 19 juillet 1995.
    génocide ».

    Mais, « au vu des éléments d’information dont elle dispose, la Cour conclut que les actes des personnes ayant commis un génocide à Srebrenica ne peuvent être attribués » à la Serbie-et-Monténégro.

    Ces ordres ont été mis en oeuvre par le général Ratko Mladic, dont les forces ont attaqué l’enclave le 11 juillet 1995, terrorisant la population et procédant à l’exécution sommaire de près de 7.900 Musulmans Bosniaques entre le 13 juillet et le 19 juillet 1995.

    L’implication de la serbie dans la guerre en bosnie comme celle de la croatie aussi, avait pour ses deux etat( serbie-croatie) comme objectif de dépecer la bosnie. non d’y commettre un genocide comme celui de srebrenica directement lié au context. ( vengence des Bosnoserbe suite au massacre de civils et de destruction des village serbes au alentour de srebrenica par le troupe fidele à sarajevo.

Laisser un commentaire