Archive pour mai 2006

Commerce équitable

Vendredi 26 mai 2006

Alors que les produits vendus sous le label « commerce équitable » fleurissent dans les supermarchés, des doutes apparaissent sur l’intérêt de la démarche qui consiste à faire payer le consommateur plus cher pour mieux rémunérer le « petit producteur » vivant dans un pays pauvre. Un récent documentaire, The Bitter Aftertaste (merci à Swissroll pour le lien et un intéressant post sur le sujet), remet en cause l’objectif de développement des promoteurs du commerce équitable en montrant par exemple qu’ils s’opposent à la mécanisation de la production du café au Ghana et empêchent les producteurs d’augmenter leur productivité (et ainsi leurs revenus). En mars dernier, un reportage de l’émission Capital sur M6 montrait quant à lui une coopérative de producteurs de café au Brésil certifiée commerce équitable par Max Havelaar et dont les producteurs avaient un niveau de vie plutôt surprenant (ils vivaient dans une jolie villa avec piscine). Tim Harford de son côté raconte dans son ouvrage The Undercover Economist comment le surcoût du café équitable vendu par une chaîne de cafés à Londres allait d’abord dans la poche du magasin et comment le commerce équitable est avant tout une affaire de discrimination tarifaire. Si les produits labellisés commerce équitable sont en moyenne entre 15 et 30% plus chers, la rémunération supplémentaire touchée par le producteur reste faible : le producteur de café certifié gagnerait 5 euros de plus par mois de l’aveu même de Max Havelaar –qui réalise de son côté 120 millions de chiffre d’affaire–. Ces critiques mettent le doigt sur les dérives potentielles du système et sa difficulté à remplir ses promesses. Mais il y a une critique plus fondamentale à adresser au commerce équitable. Il n’est en fait qu’une autre face du refus de l’économie de marché et à ce titre il ne peut qu’enfermer dans la pauvreté les producteurs (et les pays) qu’il prétend aider. (Lire la suite…)

Le choix de la pauvreté

Samedi 20 mai 2006

Au début des années 1980, le PIB par habitant français représentait en parité de pouvoir d’achat 80% du PIB américain. Aujourd’hui, le pourcentage est tombé en dessous de 75%, ce qui veut dire que la France s’appauvrit relativement aux Etats-Unis. Au niveau de l’économie mondiale, malgré de très fortes disparités, on observe un rattrapage avec des pays comme la Chine ou l’Inde dont le revenu progresse bien plus rapidement que celui du pays le plus riche de la planète, les Etats-Unis. Il y a donc une convergence à laquelle la France ne participe pas. Cette situation n’est pas un accident de l’histoire mais un choix de société, le choix de la pauvreté qui se manifeste dans de nombreuses politiques : la politique macro-économique avec du côté de la politique budgétaire des déficits publics continus pour des dépenses sans impact majeur sur la productivité et un système de protection sociale quasiment en faillite, tandis qu’une politique monétaire trop rigoureuse freine la croissance, la politique de l’emploi qui vise à décourager le travail et donc diminuer les revenus, une politique commerciale tournée vers la défense de l’agriculture avec une politique agricole commune qui engloutit une partie non négligeable de la richesse nationale tout en rendant les prix plus élevés, une politique industrielle qui privilégie les secteurs en déclin et freine la concurrence aussi bien domestique (dans la distribution par exemple) qu’internationale (en bloquant la réallocation efficiente des moyens de production). La « croissance molle » n’est pas la fatalité d’une conjoncture internationale défavorable. On a beau accuser l’Europe ou la mondialisation, la stagnation française est le résultat de politiques très efficaces pour entraver la croissance du revenu par habitant qui ont été mises en place minutieusement par tous les gouvernements qui se sont succédés depuis les années 1970 avec un soutien jamais démenti de la majorité des électeurs. (Lire la suite…)

Le 21ème siècle sera-t-il religieux?

Samedi 13 mai 2006

« Le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas », n’a semble-t-il jamais dit André Malraux. Cela restera sans doute un mystère de savoir qui est l’auteur de cette phrase célèbre, mais on peut en effet noter qu’elle ne ressemble pas à Malraux. Ses hagiographes pensent qu’il aurait plutôt dit : « le grand problème du XXIème siècle sera celui des religions ». Si c’est le cas, il ne s’est pas trompé. Là où les écrivains de science-fiction du 20ème siècle imaginaient le nouveau millénaire comme le triomphe de l’esprit scientifique, l’avancée de la conquête spatiale avec la colonisation de nouvelles planètes, des sociétés matérialistes se délectant des nouvelles technologies, on assiste au contraire à un début de 21ème siècle qui ressemble à un « nouveau Moyen Age » dans lequel les vieilles religions s’en donnent à cœur joie pour prolonger l’obscurantisme et condamner le progrès, alors que de nouvelles religions laïcisées –comme la pensée écologiste– font leur apparition avec le même dessein. (Lire la suite…)

Contre la loi DADVSI

Dimanche 7 mai 2006

S’il fallait une énième démonstration du détournement de la loi au profit d’un intérêt catégoriel et de la façon dont au nom de la protection de la « liberté » ou de la « propriété » la loi devient « l’instrument de toutes les cupidités, au lieu d’en être le frein » (Bastiat), le projet de loi relatif au droit d’auteur et aux droits voisins dans la société de l’information (DADVSI) offre un nouvel exemple de ce que le législateur peut faire de pire. Tout part de la fausse idée que la création artistique devrait être protégée de la copie par toute la force de la loi et les sanctions les plus lourdes afin de préserver les créateurs. S’ajoutent à cela les arrière-pensées des éditeurs de contenu culturel ou de logiciels qui ont bien compris que le législateur pouvait être le garant de leur monopole et des confortables rentes dont ils bénéficient et qui sont remises en cause par les nouvelles technologies, tout cela au nom de la culture, de la défense de la liberté et de la propriété. C’est une vaste arnaque intellectuelle qui au final freine la création et empêche les consommateurs de profiter pleinement de la « société de l’information ». Pour citer à nouveau Bastiat, la loi « non seulement détournée de son but, mais appliquée à poursuivre un but directement contraire ». (Lire la suite…)

Le retour des emplois jeunes

Vendredi 5 mai 2006

Chassez le naturel, il revient au galop. Après l’échec du CPE et les déboires du CNE (qui vient d’être jugé contraire à une Convention de l’Organisation internationale du travail par un conseil de prud’hommes), on peut se demander quelle est la politique de l’emploi actuellement menée. L’annonce de la création de 45 000 emplois jeunes, pardon « emplois vie scolaire » (EVS), par le Ministre de l’éducation nationale et les mesures pour les jeunes qui ont remplacé le CPE montrent que la France persiste dans le « traitement social du chômage », une politique qui n’a jamais fonctionné et qui a été abandonnée voilà plus d’une décennie par l’ensemble des pays développés. (Lire la suite…)