Archive pour avril 2006

Une étoile s’éteint

Dimanche 30 avril 2006

Jean-François Revel, un des rares esprits libres dans le paysage intellectuel français, s’est éteint à l’âge de 82 ans. Il faisait partie d’une poignée de penseurs défendant le libéralisme en France et nous a offert des textes vifs et intelligents qui espérons-le seront lus par les générations à venir. On peut citer en particulier : « La tentation totalitaire » (1976) et « Comment les démocraties finissent » (1983), deux ouvrages qui restent à méditer quand on voit la constance avec laquelle les pays européens choisissent la voie de la faiblesse face aux nouveaux ennemis de la démocratie, « L’absolutisme inefficace » (1992), la meilleure critique des institutions de la Cinquième République et du présidentialisme à la française –un essai qui garde aussi toute son actualité–, « La grande parade » (2000), un texte fort sur la manière dont même après la chute de l’URSS la pensée socialiste continue à refuser la réalité des crimes communistes et à constater son échec, se lançant à la place dans une dénonciation du libéralisme, et enfin « L’obsession anti-américaine » (2002), une bonne analyse de l’anti-américanisme français. S’il faut une illustration à ce qu’est réellement la pensée libérale, un bon conseil est de lire Jean-François Revel. On peut aussi recommander ce site pour en apprendre plus sur l’homme et son oeuvre.

Anniversaire de Tchernobyl

Samedi 29 avril 2006

On a célébré cette semaine l’anniversaire de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. Il y a 20 ans, l’explosion du réacteur n°4 de la centrale avait fait des milliers de victimes. Un chiffre imprécis, soumis à controverse, difficile à évaluer car les effets de l’irradiation peuvent survenir longtemps après et provoquer des cancers et maladies ne se distinguant pas d’autres maux sans rapport avec la contamination nucléaire. Entre l’Iran qui veut se doter de l’arme atomique, les prix du pétrole qui flambent et qui justifient le développement de l’énergie nucléaire, tandis que les écologistes souhaitent proclamer la fin du nucléaire civil, le tout sur fond du mensonge politique français (un certain Chirac premier ministre ?), l’anniversaire de Tchernobyl ne pouvait se limiter à un recueillement en la mémoire des victimes. (Lire la suite…)

Trois Français dans l’actualité

Samedi 15 avril 2006

Cette semaine on a pu voir dans l’actualité José Bové dans une énième action contre les OGM de la société Monsanto, le député Jean Lassalle lutter contre la délocalisation d’une entreprise de son département en faisant la grève de la faim et enfin l’islamiste Zacarias Moussaoui réaffirmer lors de son procès sa haine des « juifs et des croisés » devant les victimes des attentats du 11 septembre. Le syndicaliste, le politique et le nihiliste, ces trois figures extrêmes composent en fait un portrait chinois de la France d’aujourd’hui et bien que les trois faits d’actualité soient sans rapport on y retrouve certaines tendances de fond de la société française. (Lire la suite…)

Jean Lassalle, ou le triomphe de la bouffonnerie

Samedi 15 avril 2006

Vit-on en plein délire? On peut se le demander à lire certains des articles de la presse quotidienne se réjouissant de la « victoire » du député Jean Lassalle, qui a « obtenu » un investissement dans sa commune à l’issue d’une grêve de la faim menée à l’Assemblée. On voit des hommes politiques français se réjouir de cette victoire de « l’homme seul face à la multinationale », un « extraordinaire signe d’espoir » contre cette « délocalisation à terme ». Il est félicité pour « son acte utile« . Les politiques se battent pour s’approprier le mérite d’avoir participé à cette victoire. Des éditorialistes dégoulinants de niaiserie se réjouissent, sans rire, de cette « victoire contre la mondialisation« . Mais de qui se moque-t-on?

Se rend-on bien compte de ce que recouvre cette affaire? On peut en lire un utile résumé chez DirtyDenis (merci au Swissroll pour le lien). Le ridicule de l’affaire saute aux yeux. En fait de délocalisation, il s’agit de l’affaire suivante : une entreprise japonaise, Toyal, est propriétaire d’une usine à Assous. Elle souhaite réaliser, par ailleurs, un investissement à Lacq. Ces deux opérations ne sont pas liées : il n’est pas question de transférer des activités d’un site à l’autre. Mais le député est persuadé du contraire, et a lancé sa grêve de la faim pour obliger l’entreprise à réaliser son investissement à Assous plutôt qu’à Lacq. Et il se présente comme un martyr de la cause des « délocalisations » alors qu’aucun transfert d’activité n’est envisagé, et que la « délocalisation » se trouve dans le même pays, à une soixantaine de kilomètres! On s’inquiète de « mondialisation débridée » pour une distance et une situation aussi ridicule?

Dans le monde normal, un tel individu, un tel comportement, serait considéré comme une bouffonnerie, ou comme le produit d’un esprit excentrique et dérangé, nécessitant un traitement médical. On imagine ce que les Monty Python auraient pu faire de cette histoire : « j’en ai marre de devoir faire 20 kilomètres pour aller chercher de l’essence! si Esso n’installe pas une station-service devant chez moi, je m’immole par le feu! ». Mais non, tout le monde prend cela avec un mortel sérieux. C’est un signe de la nouvelle impuissance du politique. C’est un acte de courage extraordinaire. C’est la lutte du citoyen contre la mondialisation. Les deux premiers personnages du gouvernement s’agitent pour obtenir de l’entreprise qu’elle fasse un investissement qu’elle ne souhaitait pas faire à cet endroit là. Dans n’importe quel pays, on parlerait de chantage au suicide, de racket organisé. Pas en France. On s’inquiète à peine de voir les étrangers renoncer à pratiquer des investissement en France, étant données les moeurs des indigènes.

Se rend-on compte de ce que cela signifie pour le rôle de l’élu? Dans une démocratie, on attend des élus qu’ils défendent l’intérêt général. Là, nous avons une magnifique démonstration de clientélisme, d’une conception de l’élu qui n’est pas chargé d’agir pour le bien commun, mais qui est encensé pour avoir obtenu des avantages particuliers pour son petit fief au détriment de ses voisins. L’égoïsme, la bêtise crasse, le provincialisme, le sentimentalisme niais, l’ignorance économique, tout cela incarné dans une seule affaire : chapeau, et vive la France.

Chirac, ça ne s’invente pas

Samedi 1 avril 2006

Un Président de la République qui promulgue une loi parce qu’il est attaché au respect de la Constitution et au travail du Parlement pour ensuite annoncer que cette loi sera immédiatement révisée et enfin détailler comment l’Assemblée devra changer cette loi, le Président dictant d’avance son nouveau contenu… Tout cela sous la pression de la rue, dont on ne sait si elle est majoritaire ou non, et qui finira peut-être par l’emporter sur le Président. L’intervention du chef de l’Etat sur la crise du CPE était-elle un poisson d’avril? La France n’a pas fini de nous étonner en matière institutionnelle.