Archive pour avril 2004

Le génocide rwandais, dix ans après

Dimanche 25 avril 2004

Il y a dix ans, le génocide rwandais battait son plein. En trois mois, après la mort du président rwandais Habyarimana le 4 avril 1994, jusqu’à la conquête complète du Rwanda par le front Patriotique Rwandais, l’armée rwandaise, les milices interahamwe, et une bonne partie de la population hutue s’était livrée au génocide systématique de la population tutsie. On estime aujourd’hui que 800 000 personnes ont péri en trois mois, la plus grande efficacité jamais rencontrée dans l’histoire. Même les nazis en 1942, en combinant les camps de la mort, les einsatzgruppen, la technologie industrielle, n’avaient pas atteint la redoutable efficacité de ces paysans qui se levaient le matin, prenaient leur machette, et allaient massacrer leurs anciens voisins dans les marais en chantant, avec la conscience heureuse du travail bien fait.
Quelques livres parus récemment permettent de comprendre toute la réalité, l’horreur effroyable de cet évènement qui s’est déroulé sans témoin, les nations-unies s’étant prudemment enfuies dès le début des massacres, refusant même de venger 10 soldats belges portant casque bleu coupés en morceaux par les milices génocidaires. Des livres qui permettent de comprendre la réalité de ce génocide, mais qui conduisent aussi à s’interroger sur l’ampleur des responsabilités françaises dans ce crime abominable. (Lire la suite…)

Al-Qaida et l’Europe

Mardi 6 avril 2004

La série d’attentats qui a endeuillé l’Espagne a montré que l’Europe était une cible de choix pour les terroristes d’Al-Qaida. Mais les commanditaires islamistes ont sûrement été aussi surpris que les citoyens européens des conséquences de leur action. Le « 11 mars » devait être à l’Europe ce que le « 11 septembre » a été à l’Amérique. Or les dirigeants européens ont réussi à transformer cette date symbolique en une querelle politique interne révélatrice des faiblesses du continent. Dans un certain sens, cela a certainement empêché les attentats de Madrid de servir la stratégie d’Al-Qaida de séparation radicale du monde occidental et musulman en les conduisant vers une guerre qui seule peut permettre à l’Islam radical de prendre le pouvoir. Confrontés aux attentats terroristes les plus graves sur le sol européen, les Espagnols ne s’en sont pas pris à Al-Qaida mais à leur dirigeant José Maria Aznar et à leur principal allié militaire qui assure leur sécurité, les Etats-Unis. Moins d’un mois après le 11 septembre, les Etats-Unis avaient renversé le régime taliban qui abritait Ben Laden. Moins de 3 jours après le 11 mars, les Espagnols avaient eux renversé leur propre gouvernement mettant la « responsabilité » des attentats davantage du côté des décisions de leur premier ministre que du côté des terroristes. Cette attitude est à la fois lâche et irresponsable. On peut bien sûr y voir le résultat des manipulations de l’opinion publique par le gouvernement Aznar. Mais il y a un certain parallélisme dans cette tentative de la droite espagnole de faire porter à ETA un peu trop rapidement la responsabilité des attentats et la réaction de l’opposition qui a consisté à s’appuyer sur le drame pour gagner des élections autrement perdues. Au lieu de s’unir contre le terrorisme, les Espagnols se sont déchirés entre eux autour de lignes politiques sans prise sur la réalité géopolitique internationale. Car à peine les socialistes triomphaient-ils sur la scène politique espagnole et annonçaient-ils le retrait de leurs troupes d’Irak que de nouveaux attentats étaient commis ou préparés, pendant que le voisin français pourtant bien docile quand à l’injonction de ne pas aider les Américains en Irak se voyait lui aussi menacer à travers le prétexte de sa loi sur le voile islamique. Combien de morts faudra-t-il pour que l’Europe comprenne qui est son ennemi et quelle est sa stratégie ? (Lire la suite…)